Au Real Madrid, les latéraux dictent le tempo

Malgré le récent match nul face à l’Atlético, l’une des satisfactions du Real Madrid réside dans la capacité de ses latéraux à influencer positivement le jeu depuis de nombreuses semaines. La réémergence inattendue de Lucas Vázquez, dans le couloir droit, témoigne de la vitalité d’un secteur indispensable à l’harmonie du collectif.

Le Real Madrid mets à profit ses latéraux.

Getafe CF – Real Madrid. Premier quart d’heure au stade Coliseum. Profitant de la mise au repos de l’étincelant Carvajal, le revenant Vázquez cavale sur le côté droit. Sa grande vitesse lui permet de se jouer de son vis-à-vis paraguayen, Omar Alderete. Grâce à un centre brossé millimétré, le joueur formé au Real Madrid délivre une merveille de passe décisive sur la tête de Joselu. Face à Getafe, le 1ᵉʳ février dernier, Lucas Vázquez s’est rappelé au bon souvenir des supporters madridistas.

Ce jour-là, le latéral formé au poste d’attaquant droit a magnifiquement suppléé Carvajal et rempli toutes les fonctions attendues pour un joueur de son calibre. Car si ses qualités techniques ne le placent pas sur un piédestal, son implication totale fait de lui une surprise permanente pour les adversaires. Lucas, bien que prévisible dans certains de ses gestes, parvient souvent à se frayer un chemin pour apporter le danger dans le dernier tiers du terrain. Son exemple reflète l’importance des latéraux dans la mécanique offensive du groupe, consubstantielle à la bonne santé du Real Madrid.

Deux faces d’une même pièce

Le football, c’est aussi et surtout une histoire d’association. Lorsque Ferland Mendy est associé à Lucas Vázquez lors des deux dernières rencontres du Real Madrid, on se dit que la volonté de se projeter vers l’avant de l’un va forcément entraîner une réaction symétrique de son pendant. Ce n’est pourtant pas si simple. Moins audacieux qu’à l’accoutumée, le latéral gauche français se veut récemment prudent et scolaire. Ce qui ne l’empêche pas de commettre quelques bévues, aux conséquences heureusement limitées face à l’Atlético.

À l’opposé, entraîné par sa fonction naturelle d’ailier droit, Vázquez encourage ses coéquipiers à le servir dans la profondeur, n’hésitant pas à dédoubler près de la ligne. Ses innombrables allers-retours, favorisés par une gestion physique minutieuse, bousculent profondément l’équilibre habituel de l’équipe. Et laissent libre cours à l’inventivité des milieux créateurs du Real Madrid.

Depuis le début de la saison, les hommes de Carlo Ancelotti dirigent véritablement les débats depuis la gauche du pré, emmenés par la créativité de Vinícius et son affection pour le dribble. Ce collectif qui penche à gauche, mis en relief par tous les spécialistes du ballon rond, commençait à poser un problème, notamment face aux blocs bas, lorsqu’il s’agissait de trouver la faille autrement.

À la faveur de la montée en puissance de Dani Carvajal, le Real Madrid s’est peu à peu appuyée davantage sur sa jambe droite. La qualité de centre de l’Espagnol n’y est, sans nul doute, pas étrangère. Mais, lors du dernier Derbi achevé sur un score de parité (1-1), l’absence de Vini Jr. a fini de faire basculer le centre de gravité du Real Madrid. 

Fran Garcia, recruté au cours du mercato estival, alterne les titularisations sur son côté avec Ferland Mendy. Si l’ancien joueur du Rayo Vallecano ne donne pas pleine satisfaction à son coach, malgré la pusillanimité de son concurrent, c’est peut-être par son manque de garanties défensives. Cette insécurité, probablement liée à son désir de participer aux actions dans la moitié adverse, a le don d’irriter Carlo Ancelotti. Le technicien se fait fort d’avoir retrouvé un secteur défensif convaincant, capable d’encaisser uniquement 15 buts en Liga.

Ce point fort ne saurait dissimuler l’exigence du manager italien à propos de la rigueur et du replacement, deux particularités qui ne collent pas à la peau du jeune Fran Garcia. À vrai dire, la recette de l’influence des latéraux tient, cette saison, à une reconfiguration du Mister

Un système tactique catalyseur

La saison dernière, les latéraux du Real Madrid s’étaient montrés très empruntés, notamment en deuxième partie de saison. Mendy avait probablement réalisé sa moins bonne saison sous la tunique blanche, sans parler de ses absences à répétition pour cause de blessure. Quant à Carvajal, ses saisons successives en demi-teinte laissaient présager un déclin inéluctable et irréversible. Dès lors, comment expliquer un tel changement de tendance ? La raison principale réside dans le changement de système opéré par Ancelotti en pré-saison avec le Real Madrid. Le passage au 4-4-2 en losange a été bénéfique pour plusieurs joueurs de l’équipe dont les latéraux

La présence de deux joueurs excentrés au milieu de terrain s’est avérée très précieuse pour l’équilibre du Real Madrid. Ainsi, Valverde s’est commué en véritable cerbère de Carvajal, l’aidant constamment dans les tâches défensives. Fran Garcia bénéficiait d’un soutien similaire sur son côté en début de saison avec l’apport de Camavinga qui exerçait pareil rôle.

Ce soutien des milieux de terrain excentrés, certaines fois soutenus par Tchouaméni, a permis aux latéraux d’avoir plus de marge de manœuvre en phase offensive. Dès lors, dès le 2ᵉ match de la saison à Alméría, Carvajal évoluait plus haut sur le terrain que Valverde lors des phases offensives. Par rapport à ce dernier aspect, il convient de souligner que dans ce système (et même lorsque Ancelotti est passé en 4-2-2-2), les latéraux sont les joueurs de l’équipe les plus proches de la ligne de touche. 

En conséquence, avec Rodrygo et Vini Jr. occupant un rôle plus axial, les latéraux ont pu prendre les espaces laissés libres par l’absence de véritables ailiers. Il n’est donc pas étonnant que contre Getafe, Lucas Vázquez se soit retrouvé dans un rôle d’ailier droit en phase offensive. Outre le changement de système, les latéraux et la défense dans leur ensemble ont également bénéficié du changement de statut de Camavinga et Tchouaméni ainsi que de la présence de Bellingham. La saison dernière, le milieu Valverde-Kroos-Modric avait pris l’eau à Gérone et à l’Etihad lors des deux défaites les plus cuisantes de l’exercice. 

Un Real Madrid solide.

Cette saison, le changement de statut des deux Français au détriment de l’Allemand et du Croate, bien qu’il ait eu pour corollaire une perte de justesse technique, a eu un apport important en termes de contention et de densité physique. Par rapport à l’équilibre de l’équipe, il ne s’est pas perdu avec le retour progressif de Kroos à la titularité. En effet, alors que l’Allemand n’avait pas été en verve lorsqu’il jouait avec Fran Garcia comme latéral sur son côté, la présence de Mendy lui permet d’être presque délesté de ses tâches défensives. Il n’a pas à assumer un rôle similaire à celui de Valverde du côté droit. 

D’autant plus que depuis quelques mois et le passage en 4-2-2-2, Bellingham se mue en milieu gauche en phase défensive pour venir aider ce côté défensivement. Viní Jr. avait exercé ce rôle en finale de Supercoupe d’Espagne avec brio. Dès lors, il est surprenant qu’il n’ait pas été reconduit dans cette fonction tant Mendy et Kroos paraissaient à leur aise avec le Brésilien sur leur côté. En ce qui concerne Carvajal, il a justifié sa forme étincelante cette saison en affirmant qu’un régime sans gluten lui avait profité. Dani a également subi une opération dentaire qui lui a été extrêmement bénéfique pour son rythme cardiaque.

De nouveaux concurrents l’an prochain ?

Cette saison, les latéraux ont pris une autre ampleur au Real Madrid. Avec le retour en grâce de Mendy, Camavinga n’est plus appelé à jouer au poste de latéral gauche, hormis les cas de figure lors desquels Ancelotti souhaite apporter davantage de percussion. Malgré cela, Carvajal est le seul des 4 latéraux dont la continuité la saison prochaine est assurée. Fran Garcia, malgré quelques performances intéressantes, est globalement insuffisant depuis son retour au Real Madrid. 

En ce qui concerne Mendy, il n’est pas impossible que ses blessures à répétition poussent le Real Madrid à le vendre cet été en cas de bonne offre. Ceci, en dépit de sa forme étincelante actuelle. Lucas Vázquez a récemment su tirer son épingle du jeu dans des contextes déterminés. Le futur du Galicien demeure une inconnue. Son contrat expire cet été et malgré ses bonnes performances récentes, elles ne lui assurent pas une prolongation de son aventure au sein du club de Concha Espina.

Par conséquent, il n’est pas impossible que le Real Madrid recrute un ou plusieurs latéraux cet été. Quelque chose nous dit qu’un Canadien originaire du Libéria pourrait venir garnir les rangs madridistas dans quelques mois. Et ravir à Vinícius la palme de la célérité. 

 

Tanguy Soyer et Gjon Haskaj