Kylian Mbappé au Real Madrid, vers quel 11 type ?

La venue de Kylian Mbappé va considérablement transfigurer le front de l’attaque merengue. L’ajout de ce joueur au profil déséquilibrant confine à l’énigme pour Carlo Ancelotti, dont le futur système tactique devra tempérer la furia offensive de son équipe.

Kylian Mbappé, futur joueur du Real Madrid (Icon Sport)

Tout feu tout flamme. L’arrivée – aujourd’hui officieuse et en fin de saison officielle – de Kylian Mbappé au Real Madrid suscite un enthousiasme débordant chez les suiveurs du club, dont certains rêvent déjà d’une présentation aussi grandiose que fut celle de Cristiano Ronaldo au Santiago Bernabéu, voilà 15 ans. Certains supporters, à la rancune tenace, préfèrent aujourd’hui la circonspection à l’adoration. Pour le moment seulement.

Ceux-ci s’étaient (légitimement) sentis trahis au printemps 2022, lorsque le numéro 10 des Bleus avait infléchi sa position à la dernière minute pour finalement prolonger au PSG. Les sceptiques attendent de voir évoluer ce fantasme sous le maillot blanc. C’est d’ailleurs le propre d’un rêve : tant qu’on ne le visualise pas dans le monde réel, le merveilleux songe n’est que mirage.

Quel que soit le sentiment qui étreint l’observateur du club madridista, il est temps d’accepter bon gré mal gré cette évidence : Kylian Mbappé s’apprête à ouvrir la porte de la Casa Blanca. Mais derrière un tel investissement se cache une vérité cruelle : un cadre va inévitablement pâtir de ce recrutement. Qui se trouve sur un siège éjectable ? Sur quels leviers Carlo Ancelotti pourra s’appuyer pour conserver un XI équilibré ? Tentative de réponse.

Kylian Mbappé, futur attaquant du Real Madrid (Icon Sport)

Kylian Mbappé, futur attaquant du Real Madrid (Icon Sport)

Le 4-4-2 sans Rodrygo, un crève-cœur

Première possibilité : conserver la configuration actuelle. Le 4-4-2 losange compte un triple avantage : densifier le milieu de terrain, laisser une grande marge de manœuvre aux latéraux et faciliter les liaisons entre le meneur de jeu et le duo d’attaquants. Ces vertus ont le mérite d’assurer la continuité entre cet exercice et la saison prochaine, une façon pour le Mister de ne pas déboussoler ses cadres au moment de repartir pour une nouvelle année en août prochain. Problème : numériquement, il est impossible d’incorporer Kylian Mbappé dans le XI de départ sans écarter un joueur phare.

Avec ce système tactique, il y a fort à parier que Rodrygo essuie les plâtres de ce brusque changement. Au regard de ses qualités intrinsèques et de sa collaboration avec Vinicius, placer le Brésilien sur le banc de touche est un crève-cœur. L’étoile montante du football auriverde verrait son ascension freinée à seulement 23 ans, alors que le club a récemment renouvelé son contrat jusqu’en 2028. Comment accueillerait-il la nouvelle ? Pas de la meilleure des manières, sans aucun doute.

Divers médias espagnols se veulent tout de même rassurants ces derniers jours sur la capacité du Real Madrid à verrouiller ses pépites. S’il n’est pas question de vendre Rodrygo, ni de remettre en cause son potentiel, la possible évolution de son statut risque de limiter les attentes placées en lui. De titulaire indiscutable à super-sub de luxe, le joueur formé à Santos rétrograderait dans la hiérarchie et paierait son inconstance des derniers mois. Un mal pour un bien ? Seul l’avenir sera en mesure de révéler si cette configuration tactique et l’arrivée de Kylian Mbappé ne mettraient pas le feu aux poudres à un vestiaire harmonieux.

Seul devant, l'opportunité en or de Rodrygo au Real Madrid. (Icon Sport)

Seul devant, l’opportunité en or de Rodrygo au Real Madrid. (Icon Sport)

Le 4-3-3 sans Valverde, magie ou illusion ?

Deuxième option : le retour à l’ancien système. Le 4-3-3, si cher à Carlo Ancelotti, résoudrait une partie de l’équation en permettant au trio Vinicius/Kylian Mbappé/Rodrygo de batifoler comme dans leur jardin. Cette utopie décuplerait la force de frappe offensive de la Maison Blanche. Difficile de ne pas imaginer les trois joueurs assembler leur virtuosité et leur sens du but afin de former un véritable monstre à trois têtes, où chaque éclair déchainerait la foudre dans les défenses adverses.

Mais ce choix déclencherait un phénomène que tout coach abhorre : le déséquilibre. Le manager italien prendrait le risque de provoquer l’inverse de l’effet recherché, en coupant l’équipe en deux parties, lesquelles communiqueraient moins bien. Et le garant de cette stabilité au cœur du jeu se nomme Fede Valverde. L’Uruguayen se révèle indispensable pour construire des ponts entre les différentes lignes, colmater les brèches en défense, ou encore saisir sa chance devant la cage. Sa puissance herculéenne le lui permet.

Ce volume permis par une condition physique irréprochable convient au football contemporain de transition, où la dimension athlétique demeure souvent le prélude du succès. Un milieu Camavinga-Tchouaméni-Bellingham apparaît au mieux fragile, au pire déficitaire. De surcroît, Valverde bénéficie d’une aura dans le vestiaire, lui dont le nom est prononcé en interne pour devenir le futur capitaine du Real Madrid. Pour toutes ces raisons, le 4-3-3, avec Kylian Mbappé, dépourvu de la colonne vertébrale uruguayenne ne tient pas la corde.

Valverde lors du match face à Valence le 11 novembre 2023 (Icon Sport)

Valverde lors du match face à Valence le 11 novembre 2023 (Icon Sport)

Le 4-2-3-1, un faux compromis

Bien que peu probable, la décision d’opter pour un autre système tactique serait envisageable si elle constituait un parfait compromis. Le double pivot Camavinga-Tchouaméni apporte une première solution alléchante en matière de sécurité défensive. Plus haut sur le terrain, le choix pléthorique des hommes s’offre encore à Carlo Ancelotti. Ce dernier pourrait se laisser tenter par une configuration qui élève le numéro 10 (Bellingham) au rang de chef d’orchestre.

A gauche et à droite, les deux flèches Vini et Rodrygo prendraient la profondeur et serviraient Kylian Mbappé dans la boîte. Seulement, ce scénario placerait le natif de Bondy dans la peau de l’avant-centre qu’il semble ne pas vouloir devenir. Cet inconfort ne faciliterait pas son adaptation et atténuerait les bienfaits de sa rapidité ballon au pied. Quant aux possibles centres dans le dernier carré, les latéraux auraient le plus grand mal à les produire du fait du positionnement de Vinicius et Rodrygo.

Gouverner, c’est choisir ; et Carlo Ancelotti devra plus que jamais faire sienne cette célèbre maxime. Celui dont on vante à juste titre les qualités de diplomate va trancher, et le plus dur pourrait être de faire comprendre à Rodrygo, Fede Valverde ou un autre que sa place dans les grands rendez-vous sera désormais hors du pré. De la gestion relationnelle à la science tactique, le manager italien tâchera de revêtir plusieurs casquettes. Une polyvalence indispensable pour résoudre cette quadrature du cercle que tout entraîneur rêverait d’avoir en charge.

 

Tanguy Soyer