Pour comprendre pourquoi le Real Madrid peut renaître, il faut d'abord accepter la nature de sa chute. En 2016, Rafa Benitez avait été rejeté par le vestiaire non pas pour incompétence, mais pour incompatibilité d'humeur. Il voulait trop contrôler, trop expliquer. En 2026, le constat avec Xabi Alonso apparaît étrangement similaire. Le Basque, malgré sa science tactique, a tenté d'imposer un système rigide à des joueurs d'instinct.
Le parallèle va plus loin. Fin 2015, le Real avait été éliminé de la Coupe du Roi sur tapis vert. En 2026, c'est l'humiliation sportive contre Albacete qui a servi de détonateur. Dans les deux cas, le groupe a touché le fond. Paradoxalement, c'est une bonne nouvelle pour Arbeloa. L'équipe est au pied du mur. Il n'y a plus d'alternative, plus de calcul. Quand on a touché le fond, la seule direction possible est la surface. Cette "libération par l'échec" avait permis à Zidane de repartir d'une page blanche. Arbeloa bénéficie exactement de la même immunité : personne ne lui en voudra s'il échoue, mais il sera une légende s'il réussit.
Arbeloa, l'anti-tacticien pour simplifier les esprits
Zidane avait réussi en 2016 en faisant une chose simple : il avait arrêté d'évoquer la tactique complexe pour parler de fierté et de plaisir. Il avait remis Casemiro en sentinelle et laissé la BBC faire le reste. Álvaro Arbeloa semble emprunter le même chemin : la simplification.
Là où Alonso demandait des circuits de passes élaborés qui frustraient Vinicius Jr et Jude Bellingham, Arbeloa prône un football de "commando". Son passage réussi avec les U19 puis le Castilla a dessiné un style basé sur l'intensité, le pressing et la verticalité. C'est exactement ce dont cet effectif a besoin. Avec des flèches comme Mbappé, Vini ou Rodrygo, le Real Madrid n'a pas besoin d'un architecte, mais d'un lanceur. Arbeloa va rendre le jeu plus direct.
De plus, l'Espagnol possède un atout que même Zidane n'avait pas à ses débuts : le gène du conflit. Disciple de José Mourinho, Arbeloa sait créer une mentalité de "seuls contre tous". Dans un contexte où le club se sent attaqué (sifflets contre Vinicius Jr, critiques de la presse), cette posture de "bunker" peut ressouder un vestiaire fracturé.
- A consulter également : Le Real Madrid et l’illusion de l’impunité
Le coup de fouet physique
Un autre facteur clef de la réussite de 2016 fut l'arrivée d'Antonio Pintus pour une pré-saison hivernale. Le Real Madrid de Benitez était mou. Celui de Zidane a fini en boulet de canon. En 2026, le scénario pourrait être identique. L'équipe a semblé apathique physiquement sous Alonso, incapable de répéter les efforts.
Arbeloa arrive avec une réputation de bourreau de travail. Les rapports de Valdebebas indiquent que l'intensité des entraînements a doublé depuis sa prise de fonction. En n'ayant plus que la Liga et la Ligue des champions à jouer, la Casa Blanca va avoir des semaines complètes pour s'entraîner. Un luxe rare. Si Arbeloa parvient, comme Zidane l'avait fait, à remettre l'équipe à un niveau athlétique intéressant pour mars-avril, le talent individuel pourrait suffire pour faire la différence sur la scène nationale. Mais en Europe ?
La "Mística" de la Ligue des champions
Enfin, il y a l'irrationnel. Ce facteur X qui fait que le Real Madrid n'est jamais aussi dangereux que lorsqu'il est blessé. En 2016, personne ne misait un centime sur une victoire finale en C1. En 2022, après la déroute lors du Clasico (0-4), personne n'y croyait non plus. Et pourtant.
Mbappé, Bellingham, Vini, Valverde, Güler... La concentration de talents est, il vrai, assez dingue. Ce groupe n'a pas perdu son football en six mois. Il a perdu sa confiance. Si Arbeloa parvient à rallumer l'étincelle, à transformer la peur en colère, le Real Madrid redeviendra le favori de la Ligue des champions.
La "Undecima" de 2016 a prouvé qu'une saison ratée pouvait se transformer en exercice légendaire en l'espace de sept matchs européens. C'est le seul objectif d'Arbeloa. La renaissance du Real Madrid ne viendra pas d'une révolution tactique, mais d'un réveil psychologique. Et pour réveiller des géants endormis, parfois, il ne faut pas un savant, mais un soldat qui hurle. Álvaro Arbeloa est ce soldat. Et c'est pour cela que le Bernabéu, malgré les sifflets, a envie d'y croire.











