São Paulo, Madrid, Rome… et bien plus encore. Le parcours professionnel du Brésilien Cicinho l'a amené à évoluer dans les villes et les équipes les plus prestigieuses et admirées du football. Pourtant, derrière les paillettes et les trophées, la réalité de l'athlète était bien plus sombre.
L'ancien latéral droit, qui a notamment remporté la Coupe des confédérations en 2005 avec la sélection auriverde, a confessé au média italien La Gazzetta dello Sport, dans une interview relayée par AS, que sa trajectoire n'a pas toujours été facile à assumer. En cause : une grave et destructrice dépendance à l'alcool qu'il a développée dès son plus jeune âge, alors qu'il n'avait que 13 ans.
Aujourd'hui retiré des terrains, l'ancien défenseur international brésilien (15 sélections) vit dans son pays natal où il travaille en tant que commentateur pour la télévision. Il mène désormais une vie radicalement différente et n'a pas touché une seule goutte d'alcool depuis près de quinze ans.
Cette rédemption, Cicinho l'attribue au soutien indéfectible de son épouse et à un profond cheminement spirituel qui le conduit aujourd'hui à devenir pasteur évangélique. « Je crois profondément en Dieu : Il t'aide à te purifier du mal. Je me suis autodétruit avec l'alcool », a-t-il expliqué avec une sincérité désarmante.
Une descente aux enfers entamée dès l'adolescence
Les problèmes de Cicinho avec la boisson n'ont pas commencé sous la pression médiatique du football européen, mais bien plus tôt. « Tout a commencé à l'âge de 13 ans, lors d'une fête avec des amis. J'ai goûté à la bière et j'en suis tombé amoureux comme si c'était une femme. Plus je grandissais, plus je buvais », raconte l'ancien joueur. Les fêtes nocturnes et la consommation excessive de boissons alcoolisées ont été une constante dramatique durant les trente premières années de sa vie.
Son arrivée dans le monde professionnel n'a fait qu'accentuer le phénomène. « Quand je suis arrivé à Botafogo en 2001, je buvais vingt bières et dix caipirinhas par jour. À 17 ans, j'avais même commencé à fumer des cigarettes. » Malgré cette hygiène de vie catastrophique, Cicinho parvenait à performer sur les terrains.
« Mais c'est ainsi que je vivais le football : je voulais atteindre le sommet, gagner beaucoup d'argent et m'amuser. » Sa réussite sportive l'a conduit à exploser sous les couleurs de São Paulo, où il a remporté la Copa Libertadores et la Coupe du monde des clubs en 2005, lui ouvrant grand les portes de l'Europe.
Les années madrilènes : l'illusion sous l'ère Capello
L'énorme opportunité de revêtir la prestigieuse tunique blanche du Real Madrid, où il a évolué entre 2005 et 2007, n'a en rien freiné ses excès. Bien au contraire, la situation s'est aggravée dans la capitale espagnole. « Pire encore. Ils m'ont recruté pour être le nouveau Michel Salgado, et j'ai pensé : "Parfait, maintenant je peux faire la fête pour toujours". J'ai acheté des voitures, des vêtements et j'organisais des fêtes à la maison. »
Conscient de sa notoriété grandissante, Cicinho évitait les sorties publiques pour ne pas être repéré. « Je ne sortais presque jamais car à Madrid, il y avait des paparazzis partout. Alors, je buvais dans ma villa avec mes amis. J'étais toujours à la maison. » Son quotidien était rythmé par des nuits blanches et une consommation alarmante avant de se rendre au centre d'entraînement de Valdebebas.
« Je me couchais à quatre heures du matin et j'étais déjà ivre à l'entraînement à huit heures. Avant de sortir, je prenais trois ou quatre cafés et je fumais un paquet de cigarettes pour dissimuler l'odeur de l'alcool. » Miraculeusement, ses performances sportives restaient d'un excellent niveau. « Et sur le terrain, j'étais aussi très bon. Même Capello ne se doutait de rien », assure l'ancien Merengue.
Le point de rupture à Rome et la renaissance
Après son passage en Espagne, c'est l'AS Rome qui l'accueille, suite à une intervention directe de Francesco Totti. « Il m'a appelé et m'a dit : "C'est nous les Galactiques, viens ici". » En Italie, Cicinho s'entendait à merveille avec l'entraîneur Luciano Spalletti et bénéficiait d'un temps de jeu important.
Cependant, un coup dur physique va précipiter sa chute. « En 2009, je me suis de nouveau blessé au genou et j'ai rechuté dans les excès. C'est alors que j'ai réalisé que je souffrais de dépression, même si je ne voulais pas l'admettre à l'époque. »
Dans la capitale italienne, la consommation de Cicinho atteint des proportions irréelles. « À Rome, j'ai battu un record : 70 bières et 15 caipirinhas en une seule journée. En plus de deux paquets de cigarettes. » L'ancien défenseur se souvient qu'il détestait dormir et ne cherchait qu'à faire la fête chez lui, entouré de ses amis.
La fin de ce cauchemar éveillé pour Cicinho est finalement arrivée lors de son retour en Amérique du Sud. « Tout a été grâce à ma femme : quand je suis retourné au Brésil en 2012, j'ai suivi une thérapie avec son aide. »
C'est ce retour aux sources et cet accompagnement psychologique qui lui ont permis de tourner la page la plus sombre de son existence. « J'ai redécouvert le sens de la vie et maintenant, je suis heureux », conclut Cicinho, offrant un témoignage poignant sur les démons qui peuvent ronger les sportifs de haut niveau.










