À 23 ans, le défenseur du Real Madrid traverse une étape délicate, aussi bien sportivement que personnellement. Actuellement éloigné des terrains après une opération du tibia, Raúl Asencio s’est confié au journaliste d'AS, Tomás Roncero. L’Espagnol est revenu sur les circonstances de sa blessure, le soutien de José Mourinho, son parcours au sein de la Maison Blanche, et les erreurs qui ont terni son image ces derniers mois et qu’il souhaite laisser derrière lui. L’occasion également de réaffirmer son attachement au club madrilène et sa volonté de retrouver la confiance des supporters.
- À lire aussi : « Luka Modrić : Revenir au Real Madrid serait un rêve »
« Cette visite m’a donné un regain d’énergie »
Sur sa blessure et son opération : « Je suis ravi d’être avec toi. C’est vrai que je suis quelqu’un qui a toujours aimé rester loin des projecteurs et qui s’est peu montré, mais je suis sûr que cette conversation entre nous me fera du bien.
Mon tibia ? Tout a commencé il y a un an et, depuis janvier, la fissure tenait grâce à un traitement conservateur. Les douleurs devenaient de plus en plus importantes. Je souffrais, mais je ne pouvais pas m’arrêter parce que l’équipe passait avant tout. Je fais toujours passer ce club et cet écusson en premier. Mais il est arrivé un moment où la fracture s’est aggravée et où j’ai compris que je devais me faire opérer. »
Sur la visite de José Mourinho à l’hôpital : « Cette visite m’a donné un regain d’énergie. Dans ces moments de doute, où tu te poses beaucoup de questions sur la manière dont va se dérouler ta récupération et sur le temps que tu vas passer sans jouer, voir Mou venir me rendre visite et me témoigner cette proximité que nous avons tous constatée dans le vestiaire depuis le début de la saison, c’est très réconfortant. Mou est proche de nous, humble, gentil et ambitieux, Mou est une belle personne sur le plan humain. »
Les autres déclarations marquantes de Raúl Asencio
Sur la personnalité de Mourinho au quotidien : « C’est un membre du vestiaire comme les autres. De l’extérieur, les footballeurs sont perçus comme des personnes inaccessibles et déconnectées de la réalité, mais en réalité, nous sommes des êtres humains. Quand j’étais petit, j’avais cette image de Mourinho avec son caractère très fort. Mais en privé, c’est une personne formidable, drôle, qui aime passer beaucoup de temps avec nous, et nous aimons aussi passer du temps avec lui. Il fait partie intégrante du vestiaire. »
Sur les méthodes de travail de Mourinho : « Bien sûr, il travaille énormément sur les matchs et les adversaires, mais avec son expérience, il sait exactement ce qu’il doit nous transmettre au bon moment, pour mettre davantage de pression ou relâcher celle-ci selon les besoins. »
Sur sa famille et son quotidien après l’opération : « Ma famille est toujours à mes côtés. Mercredi dernier, le docteur Leyes est venu me voir, et je tiens à le remercier, lui ainsi que les services médicaux du club. Il m’a annoncé qu’il fallait opérer mon tibia dès le lendemain. Ils ont tout fait pour que je puisse redevenir moi-même. J’ai appelé ma famille et ils ont rapidement pris l’avion depuis la Grande Canarie pour rejoindre Madrid. Maintenant, ils m’aident parce que je suis toujours avec des béquilles et que j’ai des difficultés à me déplacer jusqu’à ma guérison. »
Sur son arrivée au Real Madrid à 14 ans : « Oui, j’étais encore un enfant lorsque je suis arrivé à la résidence du Real Madrid, où j’ai notamment côtoyé Álvaro Carreras, qui venait de Galice. Au final, tes coéquipiers deviennent ta famille parce que tu passes toute la journée avec eux, loin de tes proches.
Quand je vivais aux Canaries, si j’avais de la fièvre ou que je tombais malade, ma mère était à mes côtés. Mais ici, tu devais apprendre à te débrouiller tout seul face aux difficultés. C’est une étape difficile, mais qui te fait mûrir plus vite et t’endurcit dès ton plus jeune âge.
Dès mon arrivée à 14 ans, j’ai ressenti la pression de ce maillot, la manière dont on prenait soin de nous, les installations incroyables… Le niveau d’exigence est à la hauteur que le Real Madrid est le meilleur club du monde. Et lorsque le moment tant attendu des débuts en équipe première arrive, tu es prêt à franchir cette étape. »
Sur ses débuts face à Osasuna et sa passe décisive pour Jude Bellingham : « Finalement, c’est venu naturellement. La formation que j’ai reçue au centre de formation m’a permis d’entrer sur le terrain sans aucune peur, simplement pour faire ce que je sais faire. Dès mon premier match avec le Real Madrid, j’ai compris ce que représentait ce club. La Fábrica est une véritable école d’apprentissage. »
Sur Carlo Ancelotti : « C’est une autre personne extraordinaire. Pour moi, il a été bien plus qu’un entraîneur. C’est celui qui m’a pris sous son aile, qui a misé sur moi et qui m’a dit : “Tu vas rester avec nous.” Je garderai toujours un souvenir particulier de lui. »
Sur l’importance des joueurs formés au club comme Lucas Vázquez, Nacho et Carvajal : « Dès notre plus jeune âge, le Real Madrid nous transmet à La Fábrica un caractère, une fierté et une manière d’être que nous reproduisons ensuite sur le terrain. Ta personnalité passe avant le joueur que tu es. Ils avaient tous une personnalité très forte. Ils représentaient un soutien dans un vestiaire rempli de stars et, grâce à leur manière de se comporter avec toi, ils te faisaient sentir comme un membre à part entière du groupe. »
Sur la place des jeunes du centre de formation dans l’effectif : « Il y a beaucoup de jeunes prêts à franchir le pas. Regarde les Juveniles, ils ont tout gagné la saison dernière. Le plus important, c’est qu’ils soient prêts lorsque leur opportunité se présentera, comme cela a été le cas pour moi. Ce serait une fierté de voir davantage de joueurs formés au club intégrer l’équipe première à l’avenir. »
Sur le début de saison décevant du Real Madrid : « Cela vient seulement de commencer. La saison est encore très longue. Il va se passer beaucoup de choses et tout peut changer. Nous comprenons les exigences des supporters et nous les partageons, car c’est grâce à cela que nous sommes le club le plus titré du monde. Nous allons travailler davantage et parler moins pour le démontrer sur le terrain.
Avec de bons résultats, les supporters retrouveront progressivement leur enthousiasme pour l’équipe. Les paroles s’envolent, c’est pourquoi le moment est venu de parler sur le terrain, même si malheureusement je ne peux pas le faire actuellement à cause de mon opération. Cela me fait mal de ne pas pouvoir aider l’équipe aujourd’hui.
Je comprends que les supporters madrilènes aient pu être déçus par moi à un moment donné, mais je ferai tout mon possible pour inverser cette situation. Je suis le premier à souffrir de tout ce qui s’est passé. Un joueur formé au club donnera toujours tout pour cet écusson. Je l’ai déjà démontré et, lorsque je rejouerai, je le démontrerai à nouveau. »
Sur le choix du numéro 2 de Dani Carvajal : « L’un des membres du club qui s’occupent du protocole m’a appelé pour me dire que le numéro 2 de Dani était disponible. Je n’ai même pas hésité. J’ai parlé avec Carvajal. Je lui ai envoyé un message en lui disant, sur le ton de la plaisanterie, que j’espérais ne pas ternir l’image de son numéro. Dani est une référence pour tous les joueurs du centre de formation depuis notre enfance.
Quand tu voyais comment il défendait cet écusson, comment il défendait le club, comment il donnait tout sur le terrain, comment il se comportait en tant que capitaine… Avec moi et les autres jeunes du centre de formation, il était toujours présent. S’il devait te recadrer, il le faisait et tu en tirais des enseignements. Des joueurs comme lui, il y en a très peu. Carvajal m’a profondément marqué et c’est pour cela que je n’ai pas hésité. Aujourd’hui, c’est devenu un ami. »
Sur son imprudence au volant et l’amende reçue cet été : « Cela a été un moment très difficile. Plusieurs situations se sont accumulées dans ma vie en très peu de temps. Mou ne se trompe pas. Il avait entièrement raison. Finalement, les gens donnent leur avis sur ce qui sort et sur ce qu’ils voient. Je me suis trompé. Je l’ai reconnu et je le reconnais encore aujourd’hui, j’ai demandé pardon et je continuerai à le faire.
Je suis un garçon de 23 ans et j’ai commis des erreurs, comme tout le monde peut en commettre à cet âge. Mais je dois être conscient de l’endroit où je suis. Je suis au Real Madrid et cela ne doit plus jamais se reproduire. J’en assume les conséquences et je pense uniquement à inverser cette situation. Je suis le premier à en souffrir. Je rêve de laisser tout cela derrière moi et de remporter des titres avec ce club et ce maillot, si possible pour le reste de ma carrière. C’est pourquoi ce genre de situations ne se reproduira plus. »
Sur la procédure judiciaire dans laquelle il était impliqué : « Je n’ai tué personne, je n’ai rien fait. Mais au-delà de cela, c’était une procédure à traverser. J’avais la conscience tranquille et c’est le plus important. Quand j’allais au stade, c’était pour jouer au football, pas pour me battre avec des tribunes hostiles à mon égard. Je n’allais pas les laisser me déstabiliser. Je pense qu’on doit aller au stade pour encourager et soutenir son équipe, pas pour s’en prendre à l’adversaire.
Nous savons que le Real Madrid subit cela dans certains stades, et d’autres coéquipiers également. Si certains utilisent cette stratégie pour déstabiliser le Real Madrid, ils n’y sont pas parvenus, puisque nous sommes le club le plus titré de l’histoire. Depuis tout petit, j’ai toujours été très fort mentalement et mature, et j’ai bien géré ce genre de situations. Ma famille l’a moins bien vécu, c’est vrai, parce que ce n’est pas agréable d’entendre de telles choses sur son fils.
Mais pour l’anecdote, je peux te raconter qu’après ces matchs, je regardais les vidéos sur les réseaux sociaux et j’entendais ce qui s’était passé alors que je ne m’en étais même pas rendu compte. J’étais concentré sur le football. Cela ne m’affectait pas. »
Sur le soutien des supporters du Santiago Bernabéu : « Le Real Madrid m’a tout donné. Et en retour, je donnerai tout pour le Real Madrid. Depuis le premier jour, les supporters m’ont témoigné leur affection. Ils ont toujours eu des mots positifs à mon égard et m’ont accueilli à bras ouverts. Maintenant, je vais me battre pour qu’ils soient à nouveau fiers de moi. »
Sur Vinicius Junior : « Vini est Vini et il le restera toujours. Vini possède une aura particulière. Tout le monde dans le vestiaire l’aime. Tout le monde. C’est incroyable. Mais nous, les joueurs, ne sommes pas des robots, nous sommes des êtres humains. Peut-être qu'aujourd'hui, ce n’est plus le Vini d’il y a deux ans, mais il reviendra à son meilleur niveau parce que nous le voyons travailler au quotidien. »
Sur les chances de Kylian Mbappé de remporter le Ballon d’Or : «Ce serait mérité. Je le vois au quotidien et, pour moi, c’est le meilleur joueur parmi tous les nommés. Footballistiquement parlant, Kylian est le meilleur. C’est le meilleur buteur dans tous les domaines. C’est une récompense individuelle. »
Sur Carlos Espí et la sélection espagnole : « J’ai discuté avec lui ces derniers jours et je lui ai dit de profiter de cette expérience parce qu’elle est unique. Rien que le fait d’être là-bas, c’est incroyable. Personnellement, je n’ai pas eu l’occasion de revivre cela… même si j’ai encore le temps. Et Carlos, s’il continue comme ça, aura beaucoup d’opportunités avec l’Espagne. Il est humble, calme et, chaque fois qu’il joue, il inscrit des buts importants pour son équipe. »
Sur la possibilité de remporter une seizième Ligue des champions : « Impossible ? C’est tout-à-fait possible. Pour le Real Madrid, rien n’est impossible. Avec Mou, nous avons de grandes chances de démontrer que nous sommes redevenus la meilleure équipe d’Europe. »
Sur l’affaire Negreira : « L’ombre de Negreira est toujours là. Et si elle est là, c’est bien pour une raison. Mais je n’en dirai pas davantage. »
Sur son engagement auprès des enfants gravement malades : « Nous avons la chance de pouvoir rendre les gens heureux avec un simple petit geste. J’ai toujours soutenu ces associations. Aider les enfants et passer deux ou trois heures avec eux me remplit de bonheur. Je suis footballeur… mais aussi un être humain. »









