Il y a des retours qui font remonter de bons souvenirs. Celui de José Mourinho dans un Clásico en réveille aussi quelques-uns que le peuple madridista aurait préféré oublier. Le 5-0 de novembre 2010. Les fameux « pourquoi ? » après la demi-finale de Ligue des champions. Le doigt dans l’œil de Tito Vilanova. Puis est arrivée cette victoire d’avril 2012 qui avait presque plié la Liga au Camp Nou.
Dimanche, The Special One retrouvera le Barça treize ans après son dernier Clásico à la tête du Real Madrid. Le décor et les visages aussi ont changé mais le rapport de force rappelle forcément quelque chose. Les Catalans ont remporté leurs neuf premières journées de championnat et comptent déjà six points d’avance sur la Casa Blanca. Une défaite laisserait les Madrilènes à neuf longueurs. Pas de quoi enterrer la Liga mais suffisamment pour mettre Madrid sous pression.
Le technicien Portugais a résumé le rendez-vous avec une formule qui lui ressemble : « C’est un match de championnat comme un autre, mais il est différent des autres. » Mourinho a aussi pointé les 24 heures de récupération supplémentaires dont disposera le club catalan. Un détail de plus qui montre qu’il n’aborde évidemment pas ce Clásico comme un match ordinaire.
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Le 5-0 qui hante encore les Merengues
Le premier Clásico de José Mourinho devait permettre de savoir où en était vraiment son équipe. Après douze journées de Liga, Madrid était toujours invaincu. La Casa Blanca arrivait lancée, Cristiano Ronaldo aussi et Mourinho pensait avoir les armes pour bousculer le Barça.
Le 29 novembre 2010, l’équipe de Pep Guardiola a balayé toutes ces certitudes en une soirée. Xavi a ouvert le score, Pedro a rapidement doublé la mise puis David Villa a frappé deux fois après la pause. Jeffren a terminé le travail dans les dernières minutes. Le Real en avait pris cinq sans jamais vraiment réussir à répondre.
Cette « manita » est resté comme l’une des soirées les plus douloureuses de l’histoire récente du club dans cette affiche. Mourinho parlait lui-même de « la plus lourde défaite de sa carrière » et ne cherchait pas vraiment d’excuse : les Blaugranas avaient été largement supérieurs.
Ce 5-0 a surtout changé sa manière de préparer les rencontres suivantes. Face au Barça, il fallait désormais commencer par limiter un certain Lionel Messi, résister au pressing puis exploiter au mieux les transitions rapides. Sami Khedira a raconté plus tard que certaines réunions passaient quelques minutes sur le collectif catalan… puis près de quarante sur le génie argentin.
Mourinho a lui-même parlé depuis d’un « cauchemar » lorsqu’il fallait imaginer un plan pour contrôler la Pulga. Et le problème ne s’arrêtait évidemment pas au numéro 10. Xavi, Iniesta, Busquets ou encore Dani Alves formaient autour de lui une machine parfaitement rodée. Après cette claque, le Real Madrid ne voulait plus seulement battre son rival. Il voulait surtout ne plus revivre une soirée pareille.
Quand le Clásico dépassait le simple cadre du terrain
Le printemps 2011 a fait basculer la rivalité dans une autre dimension. Quatre Clásicos en dix-huit jours : un en Liga, la finale de Coupe du Roi puis une double confrontation en demi-finale de Ligue des champions. La rivalité avait pris une place énorme dans les deux clubs.
Le premier duel s’est terminé sur un nul au Bernabéu. Quatre jours plus tard, la finale de Mestalla a enfin souri aux Merengues. Cristiano Ronaldo a repris de la tête un centre d’Ángel Di María en prolongation et offert au club sa première Coupe du Roi depuis 1993. C’était le premier trophée de Mourinho à Madrid mais surtout sa première vraie réponse au Barça de Guardiola.
La joie a été de courte durée. Une semaine plus tard, les Catalans se sont imposés 2-0 au Bernabéu lors de la demi-finale aller de Ligue des champions. Pepe avait été expulsé avant un doublé de Messi, dont un deuxième but resté dans toutes les mémoires. Le nul 1-1 au Camp Nou n’a pas suffi pour renverser la situation.
Puis est arrivée la conférence de presse. Les fameux « pourquoi ? » répétés par Mourinho pour contester l’arbitrage et remettre en cause les succès européens de Guardiola. À force, la rivalité avait largement débordé du rectangle vert. Elle continuait dans les conférences de presse, dans les médias et jusque chez les internationaux espagnols réunis avec la Roja.
La Supercoupe disputée quelques mois plus tard a encore fait grimper la tension. Après une altercation générale, Mourinho a mis son doigt dans l’œil de Tito Vilanova, alors adjoint de Guardiola. Une image devenue le symbole d’une rivalité que le Real Madrid avait réussi à rééquilibrer sur le terrain mais qui finissait parfois par dépasser largement le football.
Le soir où Mourinho a enfin pris le dessus
Le vrai tournant est arrivé le 21 avril 2012. Quelques mois plus tôt, le club blaugrana était encore venu gagner 3-1 au Bernabéu malgré l’ouverture du score de Karim Benzema après seulement 23 secondes. Cette fois au Camp Nou, le scénario a enfin tourné dans le bon sens pour les Madrilènes.
Sami Khedira a ouvert le score avant l’égalisation d’Alexis Sánchez à vingt minutes de la fin. La réponse a été presque immédiate. Servi par Mesut Özil, Cristiano Ronaldo a éliminé Víctor Valdés avant de célébrer avec son fameux « calma ». Un geste et une image devenus indissociables de l’ère Mourinho.
Ce succès 2-1 a placé la Casa Blanca à sept points de son rival de toujours et a quasiment offert la Liga aux Merengues. Une saison terminée avec 100 points et 121 buts, symbole d’une équipe arrivée à maturité et qui avait enfin trouvé une manière de faire déjouer le Barça.
Le bilan de Mourinho dans les Clásicos reste d’ailleurs plus équilibré que ne le laissent penser les premières claques : cinq victoires, six nuls et six défaites. Son équipe avait surtout terminé son premier passage sur cinq rencontres sans perdre face aux Blaugranas. Son dernier Clásico à la tête du club remonte à mars 2013 et s’était terminé par une victoire 2-1 au Bernabéu.
Avec le recul, c’est aussi ce qui nourrit l’héritage laissé par Mourinho au Real Madrid. Il avait récupéré un club encore marqué par la domination barcelonaise et fini par lui rendre la conviction qu’il pouvait regarder son rival dans les yeux. Dimanche, ni Guardiola ni Messi ne seront là. Mais Mourinho retrouvera un Clásico qui peut déjà dessiner la suite de la saison en Liga.









