Le Real Madrid plie, mais ne rompt pas

Rarement une défaite madrilène aura autant eu le goût d’une victoire arrachée à la passion et à l’amour de l’écusson madridista.

Dans un Santiago Bernabéu sur courant alternatif, les hommes d’Ancelotti ont réalisé l’exploit. Largement dominateur au match aller, les hommes en blanc se sont laissés surprendre par ceux en bleu. À travers une partition pleine de rage, à l’image des gueulantes d’Antonio Rüdiger, Chelsea a montré pourquoi il était bel et bien champion d’Europe. Mais dans la capitale espagnole, il n’y a qu’une seule formation qui domine le continent. Mieux, en Europe, le Real Madrid prend des allures d’équipe impossible à achever.

L’insubmersible roi d’Europe

Ce mardi 12 avril en Ligue des Champions, le club s’en souviendra. Karim Benzema et ses coéquipiers ont fait chavirer une folle tendance. Ce n’est pas un simple film, mais bien un blockbuster qui a ponctué la soirée sur les bords du Manzanares. Dans la douleur, le Real Madrid a encaissé. De l’imparable but de Mason Mount, à la litigieuse tête sur corner, en finissant par l’improbable chevauchée de Werner, les esprits auraient dû craquer. Mais voilà, comme les supporters l’ont inscrit sur les murs de sa demeure avant le match : « Ne jouez pas avec les Rois d’Europe. » Malgré leurs efforts, les Londoniens n’ont pas réussi à tuer le match. Résultat des courses : le tenant du titre sort sans connaître le dernier carré.

Pourtant, la partie entre les coéquipiers de Toni Kroos et ceux de Kai Havertz aura été témoin d’ajustement imprévu. À de nombreuses reprises, les joueurs de la capitale espagnole ont échangé leurs postes sans réelle logique. Le temps d’une action, Rodrygo devient latéral droit ou encore Luka Modrić défenseur central. Un non-sens pour un club qui atteint ce stade-là de la compétition. Néanmoins, cette capacité à s’atteler à chaque tâche a été le fer de lance de la remontée madridista. Un Dani Carvajal trop souvent en piteux état sur le couloir droit a plus que rassuré en défense centrale durant plusieurs dizaines de minutes. Lui que l’on connaît si friable dans les duels, il ne pouvait pas perdre un soir d’Europe. Dans ce registre, la performance de Fede Valverde, puis de Camavinga, a libéré le club. Associés, les deux milieux s’adjugent une liberté de mouvement impressionnante au centre du terrain. Auteur d’un coaching décisif, Carlo Ancelotti aura la lourde tâche de faire rentrer Lucas Vázquez et Eduardo Camavinga dans la rotation comme titulaire. Ces derniers donnent pleinement satisfaction à chacune de leurs entrées sur le pré. Là où le milieu allemand semble dans le dur depuis quelques mois, Dani Carvajal ne fait plus foi depuis presque deux ans à Madrid. L’ADN du club le montre, la concurrence est évidente et seuls les meilleurs doivent régner.

Le respect du champion avant tout

Le Mister avait prévenu en conférence de presse : « Comme je l’ai dit après le match aller, nous avons beaucoup de respect pour Chelsea. Ils ont beaucoup de qualité et de très bons joueurs. Nous devons penser que Chelsea va mieux jouer. Pour ça, nous sommes prêts. Il n’y a pas d’autre moyen d’aborder le match. Je suis heureux d’être en quart de finale, mais on sait que l’on doit souffrir pour aller plus loin et nous sommes prêts à souffrir. » Au lendemain du match, tout sonne juste dans cette déclaration. Certes, les hommes de l’Italien ont beaucoup trop « respecté » leur adversaire du jour, au point même de devenir passif. Mais dans la réaction, le coach a eu une approche digne des grands soirs. En mettant le Français Eduardo Camavinga sur le banc, il se préparait à affronter le meilleur de Chelsea. Si l’ancien Rennais avait été titularisé, aurait-il tenu tout le match ? Aucun moyen de le savoir. Serait-il performant en sortie de banc ? Personne n’en doutait et tous les supporters attendaient son entrée avec impatience.

Souvent critiqué, Don Carlo a montré son expérience des soirées européennes. Si on espère qu’il en tirera tout de même quelques enseignements, le score lui a donné raison. Impassible sur le bord de touche, le contraste entre lui et son homologue allemand était flagrant. Du burlesque au ridicule, Thomas Tuchel semblait proche de la crise de nerf. Au point même où l’on oubliait qu’il menait 0 à 3 sur la pelouse du Bernabéu. Vainqueur de la Coupe aux grandes oreilles sur quatre décennies différentes, 2 comme joueur et 3 comme entraîneur, le Mister n’a jamais aussi bien porté son surnom. Il est l’homme du football. Si la horde de supporters, depuis les gradins et derrière leurs écrans, lui hurlait de changer ses plans, Carlo Ancelotti est, lui, resté impassible dans sa zone technique. Nous avons pensé à l’élimination, mais pourquoi lui ne l’a pas fait ? « Je n’ai jamais pensé que le match était perdu », déclarait-il en conférence de presse après le match. La réponse est aussi évidente que glaciale : pourquoi douter quand on est à la tête du meilleur club du monde ?

Erwan