Manchester City – Real Madrid : une montagne à gravir, une destinée à écrire

Après le score de parité du match aller (3-3), le Real Madrid n’a d’autre choix que de s’imposer à l’Etihad Stadium pour rester dans la reine des compétitions. Malgré le pessimisme environnant, les joueurs de Carlo Ancelotti s’appuient sur un caractère indestructible pour tenter de vaincre cette inexpugnable forteresse.

Dans le monde vertigineux de l’alpinisme, la face nord représente le plus âpre des chemins pour conquérir le sommet. Encordés sur une ligne de crête, les Merengues se cramponnent tant bien que mal à cet objectif sommital : faire tomber les Cityzens dans leur antre, celui-là même où ils sont invaincus cette saison.

Affronter Manchester City à l’Etihad Stadium, c’est se frotter à un quidam européen devenu golgoth, débarrassé de la (légitime) pression du premier titre depuis l’an passé, prêt à dévorer ses adversaires dès qu’ils pénètrent dans son foyer. C’est aussi avoir l’assurance de disputer une rencontre en haute altitude, agrémentée des joueurs les plus techniques du Vieux Continent.

Là où l’oxygène se fait rare, les meilleurs talents ont tendance à enfoncer le clou. Le fer de lance madrilène, Jude Bellingham, absent en 2023 lors de la correction reçue à l’Etihad, fait aisément partie de cette catégorie. En souffrance physique il y a une semaine à cause d’un manque de rythme, l’Anglais sait qu’il devra trouver un meilleur souffle pour pouvoir briller ce mercredi.

Les Mancuniens, forts du score nul obtenu de haute lutte au Santiago Bernabéu, composent avec davantage de certitudes. Leur front offensif scintille, à l’image d’un Phil Foden auteur d’une magnifique frappe à l’aller. Au milieu, le polyvalent Rodri se mue en porte-bonheur de l’effectif, lui qui n’a plus perdu avec City depuis 66 rencontres toutes compétitions confondues.

En défense, le retour de Kyle Walker dans le couloir droit rééquilibre la donne face au virevoltant Vinicius Jr. Même sur la ligne de but, le dernier rempart Ederson, revenu de blessure, assure à Manchester City un onzième joueur de champ grâce à son extraordinaire qualité de passe. Les astres semblent alignés. Surtout qu’en face, la Casa Blanca est amputée de son habituelle sentinelle.

 

Un double pivot pour remplacer Tchouaméni ?

Son absence est de taille. Libérateur du Real Madrid samedi dernier face à Majorque, Aurélien Tchouaméni est suspendu pour ce quart de finale retour aux allures de finale. Positionné en défense centrale à l’aller, le milieu de terrain français a dû jouer avec le recul frein toute la rencontre à cause d’un carton jaune pris dès la première minute de la rencontre.

Seule sentinelle de métier dans l’effectif de Carlo Ancelotti, le numéro 18 du Real Madrid pose une sacrée épine dans le pied de son entraîneur. Manchester City possède plusieurs artilleurs (Foden, De Bruyne, Rodri) capables d’envoyer des missiles dans la lucarne comme cela a été le cas à l’aller. Pour pallier l’absence de Tchouaméni, deux joueurs devraient être sollicités : Federico Valverde et Toni Kroos.

« Ce que je demande aux joueurs, c’est de travailler pour l’équipe. Nous sommes le club qui a encaissé le moins de buts cette saison en Liga, cela signifie que tous nous aident »

Carlo Ancelotti en conférence de presse hier après-midi

Le Real Madrid n’a pas d’autres choix que de serrer les boulons défensifs, histoire de ne pas se retrouver sous l’eau comme cela a été le cas, l’an dernier en demi-finale retour dans ce même stade.

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L’effectif de City au grand complet

Le champion d’Europe en titre ne peut pas être plus confiant : tous ses joueurs sont disponibles, ils sont invaincus depuis 41 matchs à domicile (TTC) et le Real Madrid ne l’a jamais battu dans son jardin. Dans l’histoire, seul l’AC Milan a été capable d’éliminer Los Blancos en coupe d’Europe deux années de rang. Manchester City va-t-il devenir le second ?

Il s’agit d’un Everest que le Real Madrid doit surmonter pour passer en demi-finale. En position d’outsider pour cette rencontre, la Casa Blanca va affronter un club cityzen en pleine bourre après avoir repris la tête de son championnat. Cette fois-ci, Kyle Walker et Kevin De Bruyne seront de la partie, ce qui ne doit pas pour autant déstabiliser les joueurs du Real Madrid.

« Ancelotti nous fait croire que nous sommes meilleurs que ce que nous sommes réellement »

Jude Bellingham, hier après-midi en conférence de presse.

Même si les deux dernières prestations à l’Etihad ont montré à quel point il est compliqué de s’imposer en Angleterre, les espoirs de qualification du club madrilène existent.

L’exploit ou le trou noir

«C’est notre compétition, nos fans n’ont pas à s’inquiéter», confiait avec malice Carlo Ancelotti en conférence de presse d’avant-match. Le technicien italien, qui a tendance à masquer sa réelle anxiété par un flegme volontiers britannique, se sait attendu au tournant après la débâcle de l’an passé (4-0).

Aux observateurs comme à ses joueurs, il doit montrer qu’il a tiré tous les enseignements de ces deux mi-temps où le Real Madrid n’a pas vu le jour, déboussolé par une symphonie collective confinant au sublime. Ne le cachons pas : les hommes de Guardiola débutent ce match avec une longueur d’avance dans la plupart des domaines. Technique, tactique, psychologique… Les principaux indicateurs penchent clairement d’un côté, comme si une équipe était simplement plus mûre que l’autre.

Sauf que, de la maturité ne découle pas forcément la fraîcheur physique et mentale. Lancé dans un sprint final à toutes enjambées, Manchester City doit gérer trois tableaux en même temps. Samedi dernier, face à Luton, modeste 18e de Premier League, Pep Guardiola n’a pu ménager Ruben Dias et Erling Haaland. La colonne vertébrale mancunienne serait-elle au bord de l’épuisement ?

Le football n’obéit qu’à ses propres règles et il serait dangereux d’occulter l’irrationnalité du ballon rond, surtout avec cette confrontation. «Je ne sais pas qui est favori, mais je sais que nous sommes le Real Madrid», a assuré Jude Bellingham, amusé. S’en remettre à l’identité du club et à la fierté de l’écusson, c’est cela qui nourrit la confiance d’un Real obsédé par la Ligue des Champions. Une complète dévotion, sans quoi l’escalade des pires parois resterait mission impossible. Du côté de Valdebebas, on jure ne pas connaître cette expression infamante.

Tanguy Soyer et Médric Bouzermane