Le Real Madrid n’a pas le temps de panser ses plaies ni de faire le deuil de son projet précédent. Moins de 48 heures après le séisme institutionnel qui a secoué la capitale espagnole — la défaite en Supercoupe suivie du licenciement brutal de Xabi Alonso lundi après-midi — le football reprend ses droits avec une brutalité qui ne laisse aucune place au doute.
Ce soir, dans le cadre du stade Carlos Belmonte, les Merengues jouent bien plus qu'une simple qualification pour les quarts de finale de la Copa del Rey. Ils jouent pour l'honneur d'une institution ébranlée, pour la crédibilité de leur vestiaire et pour la survie d'une saison qui menace de basculer définitivement dans le néant.
Pour ce déplacement périlleux en terres castillanes, tous les regards de la planète football seront braqués vers le banc de touche visiteur. C'est le grand soir pour Álvaro Arbeloa. L'ancien latéral du Real Madrid, figure du Madridismo et promu en urgence alors qu'il dirigeait encore le Castilla il y a deux jours, se retrouve propulsé commandant d'un navire qui prend l'eau de toutes parts.
Sa mission est d'une clarté absolue : provoquer un électrochoc mental immédiat. Il n'a eu que deux séances d'entraînement pour faire passer son message, mais l'essentiel est ailleurs. Il ne s'agit pas de révolution tactique ce soir, mais de retrouver les fondamentaux : l'orgueil, l'attitude et le respect de l'écusson du Real Madrid.
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Le Real Madrid attend le retour de l'esprit guerrier d'Arbeloa
La nomination d'Arbeloa n'est pas un choix par défaut, c'est un message politique et sportif cinglant envoyé par la direction. En choisissant celui que l'on surnomme "El Espartano", Florentino Pérez a voulu trancher avec la méthode cérébrale de Xabi Alonso qui ne passait plus.
Ce soir, le Real Madrid doit changer de visage. Fini le dilettantisme dénoncé ces derniers jours à Valdebebas, fini les stars qui choisissent leurs matchs. Le nouvel entraîneur va revenir aux valeurs qui ont fait l'histoire du club et sa propre carrière : le combat, la solidarité et le sacrifice.
Arbeloa, qui a tout gagné avec le Juvenil A (dont un triplé historique en 2023), connaît la recette du succès par l'effort. Son Real Madrid ne sera peut-être pas le plus flamboyant ce soir, mais il devra être le plus intense. Le technicien a une réputation d'exigence extrême et une proximité avec la "Maison Blanche" qui lui confère une légitimité immédiate, bien que fragile.
Il est attendu qu'il impose une discipline de fer dès le coup d'envoi. Les replis défensifs au trot, tolérés jusqu'ici, seront sanctionnés. Arbeloa veut voir des joueurs qui "meurent" sur le terrain, une attitude indispensable pour ne pas tomber dans le piège d'un match de Coupe à l'extérieur. L'enjeu est de rassurer les socios : même dans la tempête, le Real Madrid reste debout.
Les stars face à leur conscience : la fin de l'impunité
Si l'entraîneur est nouveau, les problèmes médicaux, eux, sont toujours là, comme pour Kylian Mbappé, qui ne devrait pas être du déplacement. Déjà préservé au coup d'envoi de la finale de la Supercoupe pour une gêne, l'attaquant français souffre d'une blessure qui l'empêche de tenir sa place pour cette première d'Arbeloa. C'est un coup dur sportif, mais cela place les autres cadres face à leurs responsabilités. Sans le filet de sécurité que représente le capitaine des Bleus, les autres stars n'ont plus d'excuses.
Vinícius Jr, buteur face à Barcelone, est désormais l'unique leader offensif. Il est attendu au tournant. Le public du Real Madrid pardonnera les erreurs techniques inhérentes à une période de doute, mais il ne pardonnera pas le manque d'envie. L'absence de Mbappé pourrait aussi profiter à Rodrygo Goes, s'il est remis de ses pépins physiques, ou surtout à la jeunesse triomphante que Arbeloa connaît par cœur.
Gonzalo García, titulaire surprise en finale et chouchou du nouveau coach depuis ses années en U19, devrait avoir les clés de l'attaque. C'est peut-être le moment pour Arbeloa de lancer définitivement "ses" jeunes (Gonzalo, Asencio, Joan Martinez) pour bousculer une hiérarchie installée qui a failli.
La méritocratie doit redevenir la norme au sein du vestiaire : ceux qui ne courent pas ne joueront pas. Ce soir, sans leur meilleur buteur, les "Galactiques" restants doivent se salir le short. Une élimination ou une prestation indigne confirmerait que le problème est bien plus profond que l'entraîneur, mettant les joueurs directement dans le viseur de la présidence.
Le piège d'Albacete : un match couperet sans filet
L'adversaire du soir, Albacete, a tout pour transformer cette première en cauchemar absolu. Le contexte est celui d'un piège parfait. Dans un stade Carlos Belmonte qui s'annonce en ébullition et à guichets fermés, l'équipe locale jouera le match de sa vie. Les pensionnaires de la division inférieure n'ont rien à perdre et tout à gagner face à un géant blessé et amputé de sa plus grande star.
Ils tenteront de mettre une intensité physique dès les premières minutes pour faire douter une équipe madrilène fébrile, qui a encaissé des buts lors de ses cinq derniers matchs. Pour éviter la catastrophe industrielle, Álvaro Arbeloa devrait aligner un 4-3-3 classique et solide, cherchant à sécuriser d'abord les bases arrières avant de penser au spectacle offensif.
La Coupe du Roi est devenue, par la force des choses, un objectif prioritaire pour sauver les meubles cette saison. Distancé en Liga et éliminé de la Supercoupe, le Real Madrid ne peut pas se permettre de lâcher un trophée accessible dès le mois de janvier. Une victoire ce soir, même étriquée, est obligatoire.
Elle ne réglera pas tous les problèmes structurels du Real Madrid comme par magie, mais elle permettrait au moins d'acheter ce qui manque le plus au nouveau coach : du temps, un peu de calme médiatique, et le droit de travailler sereinement jusqu'au week-end prochain. À l'inverse, une défaite plongerait le club dans une crise institutionnelle dont il serait difficile de se relever avant la fin de saison. C'est marche ou crève pour le Real Madrid.











