Le 20 avril 2021, Florentino Pérez, le président du Real Madrid, annonçait la création de la Super League européenne. L’idée était claire : faire émerger une nouvelle compétition qui réunirait les meilleures équipes du continent et ce, en marge de l’UEFA.
Le format fermé prévu initialement, sans possibilité d’accès au travers des championnats nationaux, contrairement à la Ligue des champions, a immédiatement suscité un tollé. Fédérations, ligues nationales, gouvernement et supporters ont rapidement exprimé leur indignation. Au point que la majorité des clubs fondateurs ont quitté le projet séance tenante.
S’est ensuivie une bataille judiciaire entre A22, la société promotrice de la Super League, et l’UEFA pendant plusieurs années, avec, presque 5 ans après, l’annonce d’un accord de principe entre l’instance suprême du football européen, l’Association européenne des clubs, et le Real Madrid « dans l'intérêt du football européen de clubs ».
L’UEFA a indiqué que ledit accord « permettra de régler le différend juridique relatif à la Super League européenne, dès que les principes convenus auront été exécutés et mis en œuvre ».
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Le Real Madrid et A22 remportent leurs batailles judiciaires
Dès l’émission du communiqué officiel du Real Madrid, des voix se sont élevées pour pointer le club du doigt. Selon elles, cet accord constitue une capitulation, un échec cuisant, pour Florentino Pérez et Anas Laghrari, l’assesseur du président et co-fondateur d’A22. À notre sens, ces attaques virulentes doivent être nuancées.
En effet, premièrement, il convient de rappeler qu’A22 a remporté toutes ses batailles judiciaires contre l’UEFA, dont celle médiatisée devant la Cour de justice de l’Union européenne. Le tribunal du Luxembourg a donné gain de cause aux promoteurs de la Super League, mettant un terme au monopole de l’UEFA sur les compétitions européennes
La plainte que le Real Madrid a déposée contre l’UEFA en dommages et intérêts a forcé une phase de conciliation et astreint l’association basée à Nyon à trouver un accord à l’amiable. Auparavant, les deux entités ont négocié pendant 8 mois durant 2025, sans succès.
Cette fois-ci, devant la nécessité de trouver un accord sous peine d’être engagées dans un procès à l’issue incertaine, elles sont parvenues à trouver un terrain d’entente sur plusieurs points. Même si l’accord final n’a pas encore été scellé, ses linéaments ont déjà filtré, notamment les points sur lesquels l’UEFA a effectué des concessions. Les voici :
– Contrôles financiers et plafonds salariaux : l'UEFA accepte des limites salariales inspirées de la NBA pour lutter contre le "dopage financier" des clubs soutenus par des États (ex. : Manchester City ou PSG financés par des fonds qataris ou émiratis). Des contrôles stricts seront appliqués pour assurer une concurrence loyale.
– Format de la compétition : il s'inspire de la version récente de la Super League (pas celle de 2021, critiquée pour son manque de mérite sportif). Il met l'accent sur la méritocratie et ressemble au format actuel de la Ligue des champions.
– Gouvernance : les clubs participeront à la gestion financière (revenus, distribution d'argent, organisation audiovisuelle) avec voix et vote, mais pas aux aspects sportifs comme l'arbitrage, qui reste sous contrôle de l'UEFA.
– Modèle de diffusion : abandon des droits TV traditionnels. Le contenu de base (résumés, matchs) sera gratuit et financé par la publicité ; le premium (matchs complets, interviews) sera payant via des plateformes, rendant le football plus accessible et abordable.
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Un accord dans l’intérêt du football
Après la publication de la décision de la CJUE, Anas Laghrari avait indiqué qu’il ne fermait pas la porte à ce que le projet de la Super League européenne se concrétise sous l’égide de l’UEFA, si tant est que cette dernière soit disposée à déléguer le volet commercial à A22. Ses doléances ont donc vraisemblablement été respectées.
En outre, cette posture démontre que le Real Madrid et A22 n’ont jamais considéré le lancement d’une compétition alternative comme une fin en soi, mais un moyen d’obtenir les changements qu’ils désiraient en ce qui concerne le football européen. Une fois l’accord définitivement entériné, la Ligue des champions ressemblera dans les grandes lignes à l’idée initiale de la Super League. Bien que cette nouvelle version de la Ligue des champions ne correspondra probablement pas au degré d’élitisme souhaité par le Real Madrid, elle préservera, de manière bienvenue, une méritocratie intégrale.
Ce dénouement nous paraît donc très raisonnable et bénéfique pour l’intérêt commun. Les évolutions qu’il induira sont nécessaires pour le football européen tout en restant dans un cadre auquel tous les acteurs du football (y compris les supporters) sont habitués et attachés. Qui imaginerait décemment une compétition rassemblant les meilleures équipes européennes sans le fameux hymne de la Ligue des champions ?
Le retour à la gratuité pour la coupe aux grandes oreilles avec un modèle de diffusion dans l’air du temps permettra de redonner au football son rôle de culture populaire partagée, accessible à tous les milieux sociaux, et non plus un produit de luxe réservé à ceux qui peuvent payer plusieurs abonnements.
Gjon Haskaj











