Le premier bilan d’Arbeloa ne peut pas se limiter à une simple lecture comptable. Lorsqu’il est officiellement nommé le 12 janvier après le départ de Xabi Alonso, le contexte est déjà lourd. Le Real Madrid avance sans vraie continuité, avec un vestiaire traversé par des tensions et une identité de jeu qui ne convainc plus.

Arbeloa, la culture du Real Madrid dans le sang
Son profil de coach maison, sa connaissance de Valdebebas et son lien naturel avec la cantera doivent alors servir de point d’appui. L’idée du club est de revenir à un cadre familial avec un entraîneur proche du vestiaire. Les attentes autour de l’ex-latéral droit sont simplement de redonner le moral à un groupe en perdition et d’essayer d’arracher des trophées dans une saison pourtant mal embarquée.
Le choix d’Arbeloa répond aussi à une logique interne : celle de confier l’équipe à une figure qui connaît parfaitement la culture du club, ses exigences et la pression permanente qui entoure le banc madrilène. Ancien joueur de la maison, il incarne une continuité et une forme de protection face au climat tendu qui entourait l’équipe après les derniers résultats de l’ère Xabi Alonso.
Au sujet du groupe, il y a bien eu un effet immédiat. Le cas le plus visible reste celui de Vinicius Jr. Là où le Brésilien semblait plus contraint, plus nerveux et parfois moins influent sous Xabi Alonso, Arbeloa a rapidement choisi de le replacer au centre du projet offensif. Le numéro 7 a retrouvé de la liberté, davantage de poids dans les transitions et une forme de confiance qui s’était partiellement dissipée.
Dans le même temps, Arbeloa a aussi envoyé un message fort en donnant de la place à plusieurs jeunes, en particulier à Thiago Pitarch, dont l’intégration progressive au sein de l’équipe A a été présentée comme un vrai choix tactique et non comme un simple dépannage. Cette ouverture vers la cantera s’inscrit aussi dans la philosophie historique du club.
Lorsque la dynamique collective vacille, Valdebebas devient souvent une source d’énergie et de concurrence. Arbeloa connaît parfaitement ces profils, pour les avoir accompagnés dans les catégories inférieures, et n’a pas hésité à leur offrir une exposition rapide au plus haut niveau.
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Une équipe plus reconnectée, mais toujours sans vraie maîtrise
C’est là que le jugement se complique. Oui, Arbeloa a restauré certaines connexions internes et redonné un peu de souffle à des joueurs qui semblaient s’enfoncer. Mais cette amélioration individuelle ne s’est pas encore traduite par une progression collective suffisamment nette.
Le Real Madrid version Arbeloa alterne toujours les séquences encourageantes et les rechutes abruptes, sans jamais donner le sentiment d’avoir trouvé une structure stable. AS relevait récemment qu’il n’avait fallu que douze matchs à l’entraîneur pour atteindre une quatrième défaite. Le chiffre montre bien que l’électrochoc du changement n’a pas réglé le problème de fond.
Dans le jeu, la limite la plus visible est la dépendance croissante à un seul circuit offensif. Arbeloa lui-même a reconnu que son équipe avait tendance à trop basculer vers la gauche, donc vers Vinicius Jr, ce qui finit par rendre les Merengues plus lisibles et plus simples à défendre. Les adversaires ont vite compris la mécanique.
Contre la Maison Blanche, il faut fermer le couloir et densifier les prises à deux. Osasuna puis Getafe l’ont illustré de manière assez brutale. À cela s’ajoute un autre point de fragilité : le manque d’impact du banc. Là encore, la bascule promise par le changement de coach n’a pas vraiment eu lieu, et plusieurs fins de match ont confirmé que les Madrilènes avaient encore beaucoup de mal à tourner le match à leur avantage lorsque celui-ci était mal embarqué.
Les chiffres parlent pour eux-même : les remplaçants n’ont inscrit que 2 des 56 buts de la saison (3,57 %). Ce manque de profondeur offensive rend le Real Madrid particulièrement dépendant de ses titulaires et limite les possibilités d’ajustement lorsque les rencontres se ferment ou basculent dans un scénario défavorable.
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Un mandat encore défendable, mais déjà sous examen
Le bilan d’Arbeloa ne peut donc être ni totalement sévère, ni franchement indulgent. Il y a chez lui des éléments qu’on peut défendre. Il a redonné une centralité à Vinicius, créé un lien plus direct avec certains jeunes et essayé de réinjecter de l’énergie dans un groupe qui semblait glisser vers la résignation.
Mais il n’a pas encore réussi à produire l’essentiel dans un club comme le Real Madrid. Pour cela, l’Espagnol devra avoir une équipe reconnaissable, capable d’imposer son rythme, de varier ses réponses offensives et de traverser les temps faibles sans s’effondrer mentalement ou tactiquement.
Et c’est précisément ce que les prochaines semaines vont permettre d’évaluer. La Casa Blanca occupe aujourd’hui la deuxième place de Liga, à quatre points du FC Barcelone après la victoire catalane à San Mamés, et n’a plus vraiment de marge d’erreur dans la course au titre. En Ligue des champions, la double confrontation face à Manchester City s’annonce déjà comme un tournant majeur de la saison… et probablement de la jeune carrière d’entraîneur d’Arbeloa.
Dans un club où chaque résultat redessine immédiatement le climat autour de l’équipe, une qualification relancerait la dynamique et renforcerait sa légitimité sur le banc. À l’inverse, une élimination rapide alimenterait les interrogations déjà présentes et relancerait le débat de l’entraîneur à Valdebebas.









