Dix minutes. C'est tout ce qu'il a fallu pour que l'espoir se fracasse une nouvelle fois. Il y avait quelque chose de cruel dans le timing. Ferland Mendy traversait l'une de ses meilleures séquences de la saison. Troisième titularisation en quatre matchs, il avait définitivement pris l'ascendant sur ses concurrents au poste de latéral gauche, reléguant Carreras et Fran García au rang de solutions de rechange.
Contre le Bayern Munich à l'Allianz Arena, il avait livré une prestation solide, limitant un Michael Olise qui avait été un véritable casse-tête à l'aller. Le Real Madrid semblait donner du rythme à son latéral gauche. Et puis, autour de la 10e minute face à l'Espanyol, un sprint défensif, une accélération à pleine vitesse, et ce coup dans la cuisse. La douleur, le sol, le regard dans le vide. Rideau.
De rechute en rechute
Ce nouveau pépin physique est le quatrième de la saison pour le défenseur français. 4 blessures en moins de douze mois, le chiffre donne le vertige. Ce lundi, le Real Madrid a annoncé une lésion du tendon du droit fémoral de la jambe droite, et donc une fin de saison automatique pour Ferland Mendy qui pourrait vivre une absence de 5 mois en cas d'opération d'après la COPE.
Tout avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices, ou presque. Le 26 novembre dernier, à Athènes, Mendy faisait son retour à la compétition après sept mois d'absence consécutifs à une rupture du tendon proximal du droit antérieur, une blessure grave contractée en finale de Coupe du Roi et qui avait nécessité une intervention chirurgicale. On le voyait rapide, affûté, confiant. La longue convalescence semblait derrière lui.
Cinq jours plus tard, rebelote : rupture du biceps fémoral droit. Trois semaines d'arrêt. Puis, à peine revenu, une rupture au niveau du mollet lors de la Supercoupe d'Espagne en Arabie saoudite le condamne à manquer la finale et huit matchs supplémentaires. En février, une nouvelle alerte au biceps fémoral, cette fois forcée par le rythme des rencontres de Ligue des champions face à Manchester City. Et maintenant, ce quadriceps qui lâche à Cornellà, à trois semaines du terme de la saison.
Comme le note AS, le joueur a manqué 29 des 52 matchs disputés par le Real Madrid cette saison, soit 56 % du total. La barre des 150 jours passés à l'infirmerie sera très probablement franchie. Ce n'est pas la saison où il a connu le plus grand nombre de blessures, la 2021-22 en avait comptabilisé 5, mais c'est sans conteste la plus longue et la plus douloureuse en termes d'indisponibilité.
Dix-neuf blessures depuis 2019 : un corps qui ne tient plus
Ferland Mendy rejoint le Real Madrid à l'été 2019 en provenance de l'Olympique Lyonnais, auréolé d'une réputation de latéral défensif solide, athlétique, difficile à déborder. Six ans plus tard, le constat est accablant : il aurait accumulé au moins 19 blessures depuis son arrivée dans la capitale espagnole. Un nombre qui sidère, et qui pose inévitablement la question de la fragilité structurelle d'un joueur dont le profil physique puissant, explosif, dépendant des sprints répétés, le rend particulièrement vulnérable aux pépins musculaires.
Car le paradoxe Mendy est là, entier et douloureux. Quand il joue, il est bon. Souvent même très bon. Sa capacité à couvrir son couloir, à lire les situations défensives, à résister physiquement dans les duels en font un latéral de haut niveau lorsqu'il est disponible. Mais la disponibilité est précisément ce qui lui fait défaut depuis des années.
La gravité de la nouvelle blessure reste à confirmer par les examens médicaux. Mais les symptômes, tels que décrits dans les premières observations, évoquent une zone haute du quadriceps droit, similaire à la blessure de la finale de Copa, celle qui avait exigé une opération et sept mois de récupération. Si le diagnostic venait à se confirmer dans cette direction, l'été de Mendy serait déjà largement hypothéqué.
L'ombre du Clásico et la question du latéral gauche
Au-delà du sort personnel du joueur, sa rechute soulève des questions tactiques immédiates pour le Real Madrid. Avec un Clásico en ligne de mire potentiellement décisif pour les dernières espérances en Liga, Arbeloa va devoir trancher : Fran García ou Carreras ? Le choix du technicien madrilène dimanche soir a d'ailleurs suscité quelques interrogations. Au moment d'effectuer le changement, c'est bien Fran García qui est entré, et non Carreras. Les caméras de télévision ont saisi la réaction du latéral espagnol sur le banc, sourire en coin, à peine dissimulé, éloquent sans être agressif.
La hiérarchie au poste est donc à réécrire pour les semaines à venir. Ce qui est certain, en revanche, c'est que Mendy ne sera plus de la partie cette saison. Toutes les parties prenantes le savent, même si personne ne l'a encore officialisé. Et pour ce qui est de l'équipe de France et du Mondial, le débat est clos avant même d'avoir existé : Didier Deschamps ne le convoque plus depuis un moment.
Ferland Mendy est un joueur de talent prisonnier d'un corps qui lui résiste. À 30 ans, l'heure des questions existentielles a peut-être sonné pour lui, pour son club, et pour un avenir commun de plus en plus incertain.










