La carrière de José Mourinho, depuis son départ de Manchester United en 2018, a souvent été lue ainsi : une succession de clubs moins prestigieux, des ruptures prématurées, une image écornée. Mais voilà, le Special One vient d'être nommé entraîneur du Real Madrid.
La vérité, c'est que ces dernières années n'ont pas été celles d'un homme qui sombre. Elles ont été celles d'un homme qui observe, qui s'adapte et qui accumule des expériences dans des contextes difficiles avant de revenir à la maison.
Roma, Fenerbahçe : deux leçons dans la douleur
Le 16 janvier 2024, alors que l'AS Roma pointe à la neuvième place du championnat et après une défaite 3-1 contre le Milan AC, le club annonce le départ avec effet immédiat de Mourinho. Un limogeage brutal, au terme d'une saison et demie de turbulences financières et de résultats insuffisants. Pourtant, Mourinho avait laissé une trace indélébile à Rome : en 2022, il avait offert à l'AS Roma sa première Ligue Conférence, un titre historique pour un club qui attendait depuis des décennies un titre européen, ce n'est pas rien.
Direction Istanbul, et Fenerbahçe, l'une des plus grandes scènes de Turquie. Malgré une solidité défensive retrouvée et une lutte acharnée en tête du classement, l'équipe peine à s'imposer lors des confrontations directes décisives. Il termine finalement à la deuxième place du classement, derrière le rival Galatasaray. Le bilan est maigre sur le plan des titres, mais l'aventure turque révèle quelque chose d'important chez Mourinho : sa capacité à construire une défensive solide, même avec un effectif limité, dans un championnat physique et imprévisible.
Le 29 août 2025, il est limogé suite à la non-qualification de son équipe pour la prochaine Ligue des champions, après son élimination contre le Benfica Lisbonne. La roue tourne vite dans le football. Et parfois avec une ironie cruelle.
Benfica : l'invincible sans couronne
Ce qui s'est passé ensuite restera l'un des épisodes les plus paradoxaux de sa carrière. Le 18 septembre 2025, Mourinho annonce avoir trouvé un accord avec le Benfica Lisbonne. Un retour aux sources, vingt-cinq ans après sa toute première expérience sur un banc professionnel. Et cette fois, le Special One ne vient pas en touriste.
Avec un bilan de 23 victoires et 11 nuls, l'équipe de Mourinho fait preuve d'une solidité défensive et d'une résilience remarquables, marques de fabrique de l'entraîneur portugais. Zéro défaite en championnat. Une saison entière, invaincu. Le Benfica de Mourinho rejoint un club restreint : seuls le FC Sheriff (Moldavie, 2024-2025) et l'Étoile rouge de Belgrade (Serbie, 2007-2008) avaient, à ce siècle, réalisé cette performance statistique ambiguë : rester invaincus et pourtant voir le titre leur échapper.
Le Benfica termine la saison avec 80 points, total impressionnant qui, dans des circonstances ordinaires, aurait assuré le titre. Les Aigles terminent pourtant le championnat à la troisième place, derrière le FC Porto et le Sporting CP. Trop de nuls dans les matchs couperets. Une efficacité offensive insuffisante face aux grands rivaux. Le titre s'envole malgré l'invincibilité. C'est le football dans ce qu'il a de plus impitoyable.
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Mais en Ligue des champions, Mourinho réalise l'un des redressements les plus spectaculaires de ces dernières saisons. Après un début de campagne européenne catastrophique en phase de ligue, marqué par quatre défaites consécutives laissant le club avec zéro point, il réalise un redressement jugé "miraculeux" par les observateurs, et s'impose à l'ultime journée décisive 4-2 face à son ancien club le Real Madrid.
Ce succès permet à son équipe de se qualifier pour les phases de barrages de la Ligue des champions. La scène a ses vertus symboliques : c'est en battant le Real Madrid que Mourinho s'est offert son billet de retour vers le Real Madrid.
Un destin similaire à celui de Carlo Ancelotti
Depuis son départ de Manchester United en 2018, José Mourinho n'a plus dirigé de club du gotha européen. Passé par Tottenham, la Roma, Fenerbahçe et Benfica, il évoluait dans une autre sphère, des clubs solides, historiques, mais pas des références mondiales. Le constat est honnête, mais il n'est pas définitif.
On estime qu'il pourrait renaître comme l'a fait Carlo Ancelotti à l'époque, alors qu'il semblait sur la fin avec une aventure à Everton. Sa nomination devrait intervenir à la fin de saison, le 23 mai prochain. L'analogie est frappante. Ancelotti était donné pour fini, usé, dépassé, mais il a remporté deux nouvelles Ligues des champions au Bernabéu.
Mourinho bénéficie d'un crédit certain au Real Madrid : on estime qu'il a eu un rôle essentiel dans la reconstruction du club lors de son premier passage entre 2010 et 2013. Il y a remporté une Liga, une Coupe du Roi, une Supercoupe d'Espagne. Il y a surtout brisé l'hégémonie barcelonaise à une époque où le Barça de Guardiola semblait intouchable. Le Bernabéu ne l'a pas oublié.
Treize ans plus tard, il revient. Avec des cicatrices, des titres, des erreurs et une faim intacte. Le Special One a signé jusqu'en 2028. Le temps de tout reconstruire, et de prouver, une dernière fois, qu'il reste l'un des plus grands.










