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Bellingham peut-il changer l’histoire de l’Angleterre ?

10 juillet 2026•Bruno De Oliveira
MEXICO CITY, MEXICO - JULY 05: (EDITOR'S NOTE: Tonal effects have been applied to this image) Jude Bellingham #10 of England celebrates after the team's 3-2 victory during the FIFA World Cup 2026 Round Of 16 match between Mexico and England at Mexico City Stadium on July 05, 2026 in Mexico City, Mexico. (Photo by Francois Nel/Getty Images)

Contesté avant le Mondial, Jude Bellingham a éteint les débats et s’impose désormais comme le visage du grand rêve de Mondial anglais.

Il y a quelques semaines encore, Jude Bellingham divisait profondément l’Angleterre. Son statut, son rôle et même sa place dans le groupe étaient discutés avec une intensité rare pour un joueur de son niveau. Fallait-il vraiment construire autour de lui ? Fallait-il le sortir du onze ? Fallait-il, pour certains, aller jusqu’à le laisser à la maison ?

La formule avait marqué les esprits : “Leave Jude at home”, article paru dans le Daily Mail le 18 novembre dernier. Brutale, presque provocatrice, elle résumait l’ambiance d’une partie du débat anglais avant la Coupe du Monde. Bellingham, pourtant héros de l’Euro 2024 et cadre du Real Madrid, arrivait au tournoi avec une forme de procès autour de lui. Trop encombrant pour l’équilibre collectif, trop difficile à placer, trop clivant dans son expression : tout ou presque semblait matière à discussion.

Ce débat paraît aujourd’hui très loin. Depuis le début du Mondial, Bellingham a répondu sur le terrain. Ses buts, ses passes, son influence dans les grands moments et surtout son match immense contre le Mexique ont remis l’église au centre du village.

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Déjà là quand l’Angleterre tremble

Ce Mondial ne sonne pas comme un renouveau. Avec l’Angleterre, Bellingham a déjà pris l’habitude d’exister dans les moments où la pression monte. En 2022, il avait découvert la Coupe du Monde avec une maturité rare pour son âge, jusqu’à s’imposer comme l’un des visages du renouvellement anglais.

Deux ans plus tard, à l’Euro, il a encore changé de dimension. Son but contre la Slovaquie reste évidemment le moment le plus fort : l’Angleterre était au bord de l’élimination, il l’a ramenée en vie d’un geste devenu instantanément culte. Mais résumer son tournoi à ce retourné serait réducteur. Bellingham a porté une partie du poids offensif anglais, marqué les esprits dès le début de la compétition et terminé l’Euro en étant encore décisif en finale, avec cette passe pour Cole Palmer contre l’Espagne.

C’est pour cela que sa Coupe du Monde actuelle semble juste être une continuité. Quand la sélection doute, quand le match se crispe, quand l’Angleterre donne l’impression de retomber dans ses vieux démons, le numéro 10 fait partie des rares joueurs capables de changer le script du match.

Un Mondial en apothéose

Ce que Bellingham fait dans cette Coupe du Monde dépasse le simple retour en forme. Il rend presque absurdes les critiques entendues avant le tournoi. Il y a quelques mois, certains doutaient de sa place. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer cette Angleterre sans lui.

Son huitième contre le Mexique a peut-être été le meilleur résumé de son tournoi. Dans un match immense, tendu, joué dans un contexte hostile, Bellingham a encore été au centre de tout. Buteur, moteur, présence permanente entre les lignes et dans les zones chaudes, il a livré l’un des grands matchs individuels de cette Coupe du Monde. Sky Sports a même parlé de l’une des plus grandes performances anglaises de l’histoire du Mondial, preuve que le débat a changé de nature. Il ne s’agit plus de savoir s’il doit jouer, mais jusqu’où il peut porter cette équipe.

Ses chiffres sont également hors normes. L'enfant de Birmingham compte désormais quatre buts et une passe décisive avec l’Angleterre durant ce Mondial, un rendement considérable pour un milieu qui n’est pas censé être seulement jugé sur la dernière action. Il marque, crée, gagne du terrain, absorbe la pression et donne à l’Angleterre une solution quand le match devient moins lisible ou plus haché.

Même le vestiaire anglais semble en accord avec ce changement de statut. Selon The Athletic, Bellingham est désormais surnommé “Unc” dans le camp des Three Lions, diminutif de “uncle”. Un surnom ironique qui montre qu'à 23 ans, le Madrilène est déjà perçu comme un ancien, un leader, presque une figure d’autorité dans un groupe où son influence dépasse largement son âge. Autre révélateur : Bellingham ne sort plus sur ces phases finales. Ayant été remplacé sur les trois matchs de poules, il ne l'a plus été depuis que l'on est passé en mode éliminatoire. 

Les vieilles malédictions tombent

C’est aussi pour cela que cette Angleterre intrigue autant. Elle donne enfin l’impression que quelque chose peut changer. Depuis 1966, chaque génération anglaise a porté le même poids : beaucoup de talent, beaucoup d’attente, et presque toujours une chute au moment où le pays recommençait à y croire.

Mais le sport traverse peut-être une période étrange, où les vieilles étiquettes se décollent les unes après les autres. Arsenal a mis fin à plus de deux décennies d’attente en Premier League. Le PSG, longtemps moqué pour ses effondrements européens, a fini par transformer son complexe continental en deux titres d'affilée. Même les Knicks, symbole d’une franchise populaire mais frustrée pendant des décennies, ont retrouvé le sommet en NBA.

Dans ce décor, l’Angleterre ressemble presque au prochain grand récit à débloquer. Une sélection immense, riche, suivie partout, mais encore prisonnière d’un vieux souvenir en noir et blanc. La Coupe du Monde 1966 reste son unique étoile. Bellingham ne peut évidemment pas effacer seul soixante ans de frustrations. Mais il donne à cette équipe quelque chose qu’elle a trop souvent cherché : un joueur qui ne semble pas écrasé par l’histoire anglaise.

Coming home... enfin ?

Rien n’est encore écrit, évidemment. L’Angleterre n’a pas gagné ce Mondial parce qu’elle a sorti le Mexique, ni parce que Bellingham a remis tout le monde d’accord. Le piège serait même de croire que le plus dur est passé. Une Coupe du Monde ne se gagne jamais sur une dynamique médiatique, encore moins sur une impression de destin.

Mais le chemin existe. La Norvège, prochain adversaire des Three Lions, n’a rien d’un cadeau. Avec Erling Haaland, elle possède elle aussi un joueur capable de faire basculer un match sur presque rien. Mais l’Angleterre a les armes pour assumer son statut de favori. Elle a Kane, elle a Bellingham, elle a une génération qui connaît déjà le poids des fins de tournoi.

Si les Three Lions veulent vraiment tourner la page de 1966, ils auront besoin de plus qu’un bon tableau ou qu’une belle génération. Ils auront besoin de moments. De gestes. D’un joueur capable d’intervenir quand le match devient irrationnel. Bellingham l’a déjà fait. Il est en train de recommencer.

L’Angleterre attend depuis près de soixante ans. Et pour la première fois depuis longtemps, elle possède peut-être l’homme capable de briser la malédiction et de transformer le MetLife Stadium en concert de Oasis le 19 juillet prochain.

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