La défaite au Metropolitano tombe au pire moment pour le Real Madrid, mais peut aussi devenir utile. Après un début de saison globalement positif, le revers contre l'Atlético est venu rappeler les limites d'une équipe encore en construction. Surtout, il intervient juste avant une trêve internationale de trois semaines, offrant à José Mourinho un temps précieux pour analyser ses premières semaines à Madrid et éventuellement remettre certaines certitudes en question.
Le Portugais n'a jamais caché qu'il disposait d'un effectif particulièrement fourni. Il a même répété à plusieurs reprises que la concurrence serait indispensable pour maintenir son groupe sous pression tout au long de la saison. Après Elche, il expliquait ainsi qu'un entraîneur qui se concentre uniquement sur dix joueurs finit par perdre de l'énergie et de la compétitivité interne. À ses yeux, la notion de titulaire indiscutable est particulièrement difficile à appliquer à cet effectif.
Cette trêve pourrait donc constituer un premier tournant. Non pas parce que le Real doit tout remettre en cause après une défaite, mais parce que plusieurs situations commencent à poser de vraies questions. Vinicius, Diomandé, Bernardo Silva ou encore Camavinga pourraient tous être concernés par une évolution de la hiérarchie.
Le derby comme premier avertissement
Le Real Madrid n'avait pas forcément besoin d'une révolution après son début de saison. Avec six victoires en sept rencontres avant le derby, Mourinho avait plutôt réussi à installer une équipe compétitive rapidement. Mais certains signaux commençaient déjà à apparaître : des difficultés à contrôler certains matchs, une intensité irrégulière et une dépendance importante aux individualités.
Mourinho l'avait d'ailleurs reconnu avant même le déplacement au Metropolitano. Après la victoire contre le Rayo, il avait expliqué que son équipe n'avait pas eu les ressources physiques et mentales pour maintenir son niveau en seconde période, tout en soulignant ses difficultés à presser.
Le derby a donné une autre dimension à ces interrogations. La Maison Blanche a été dépassé dans l'intensité et n'a jamais réellement réussi à reprendre le contrôle du match après le deuxième but adverse. Cette fois, il ne s'agissait plus d'un passage à vide contre une équipe supposée inférieure : l'adversaire était précisément celui qui pouvait mettre à l'épreuve les ambitions de Mourinho.
La trêve arrive donc à un moment intéressant. Elle ne doit pas nécessairement servir à changer le système ou bouleverser le onze, mais elle peut permettre au Portugais de se demander quels joueurs correspondent réellement à ce qu'il veut construire.
Vinicius–Diomandé : jusqu'où protéger les statuts ?
Le cas Vinícius est évidemment le plus sensible. Le Brésilien connaît un début de saison compliqué et son remplacement dès la 54e minute au Metropolitano n'a fait qu'alimenter les interrogations. Mourinho continue pourtant de croire en lui. Quelques jours avant le derby, l'entraîneur expliquait que Vinícius travaillait pour retrouver sa capacité à décider les rencontres et soulignait notamment ses progrès dans le travail défensif.
Le problème est que la concurrence n'attend pas. Depuis plusieurs semaines, Yan Diomandé gagne progressivement du terrain. Mourinho lui-même reconnaissait avant le derby que l'Ivoirien pouvait jouer à la place de Vinicius, tout en expliquant qu'il avait encore beaucoup à apprendre tactiquement et qu'il souhaitait le faire progresser progressivement.
Le match au Metropolitano n'a pas encore forcément inversé la hiérarchie, mais il a donné du poids à cette réflexion. Entré en seconde période, Diomandé a apporté de la percussion et davantage de verticalité dans une équipe pourtant déjà en difficulté. L'Ivoirien semble offrir à Mourinho une véritable alternative. Le Special One expliquait même récemment que si Diomandé évoluait dans une équipe disposant de moins de joueurs de haut niveau, il serait déjà titulaire.
La question n'est donc pas de savoir si Diomandé doit immédiatement prendre la place du Brésilien. Elle est plutôt de savoir si le statut de Vinícius doit lui garantir une place dans les grands matchs si son niveau ne remonte pas. Si Diomandé continue de progresser pendant que le Brésilien reste en difficulté, Mourinho devra peut-être accepter de prendre une décision que beaucoup d'entraîneurs évitent : mettre une star sur le banc pour privilégier le joueur qu'il estime le plus utile à son équipe.
Bernardo et Camavinga, deux cartes à redistribuer
Le milieu de terrain pourrait connaître une évolution tout aussi importante. La blessure de Federico Valverde prive Mourinho d'un joueur essentiel dans son équilibre et l'oblige à repenser une association qui avait commencé à s'installer. Mais cette absence peut aussi offrir davantage de responsabilités à des joueurs dont le temps de jeu reste difficile à définir.
Bernardo Silva est le premier candidat. Mourinho ne le considère pas comme un simple remplaçant : il a expliqué que son profil permettait de construire des équilibres différents de ceux proposés par Camavinga ou Tchouaméni. Le Portugais possède notamment cette capacité à conserver le ballon et à donner davantage de contrôle à une équipe qui peut parfois se précipiter.
Camavinga, lui, représente une autre possibilité. Le Français avait réalisé une prestation remarquée contre Malaga, au point que Mourinho l'avait publiquement salué. L'entraîneur avait alors insisté sur le fait que Camavinga faisait partie des nombreux joueurs sur lesquels il comptait. Avec Valverde absent, le moment est peut-être venu de lui offrir davantage qu'une simple rotation ponctuelle.
Le moment de casser certaines hiérarchies ?
C'est finalement la principale question que pose cette trêve. Le Real Madrid n'est pas en crise et une défaite dans un derby ne suffit pas à remettre en cause le travail effectué depuis l'arrivée de Mourinho. Mais le Portugais dispose désormais d'un effectif suffisamment riche pour ne plus pouvoir se contenter de reconduire les mêmes choix par automatisme.
Son discours va déjà dans ce sens. Il répète qu'il veut impliquer tout son groupe, qu'il doit maintenir la concurrence et qu'aucun joueur ne peut être considéré comme indispensable. Il l'a encore démontré en expliquant que Diomandé, Vinícius, Güler ou Brahim pouvaient tous être concernés par cette concurrence.
La difficulté sera désormais de passer du discours aux actes. Si Vinicius retrouve son meilleur niveau, la question disparaîtra d'elle-même. Si Diomandé continue de pousser derrière lui, Mourinho devra trancher. Si Bernardo apporte davantage de maîtrise au milieu, son utilisation devra peut-être évoluer. Si Camavinga confirme ses qualités, son rôle devra être plus important.
Après le derby, Mourinho possède donc trois semaines pour décider s'il poursuit avec les premières hiérarchies installées depuis son arrivée ou s'il commence à les bousculer. Et avec un calendrier qui remettra rapidement son effectif face à de nouveaux tests, le Portugais devra vite faire des choix.









