Dimanche, au Camp Nou, Kylian Mbappé a marqué deux fois pour offrir au Real Madrid la victoire dans le Clasico. Le lendemain, à Londres, il a vu Harry Kane recevoir le Ballon d’Or qu’il convoitait. Ce qui m’importe aujourd’hui tient dans l’enchaînement de ces deux soirées : son efficacité nous a rendus heureux, sa déception peut lui donner l’envie d’aller plus loin. Nous avons tout intérêt à ce que cette énergie serve la reconquête du championnat et le retour du Real au sommet européen.
Je souhaite donc que le Ballon d’Or 2027 soit le sien. Après avoir désapprouvé sa campagne, j’assume cette volonté de me réconcilier avec le joueur. Je veux retrouver le plaisir de l’encourager et pouvoir célébrer sa réussite avec la certitude qu’elle aura aussi ramené le Real vers les titres.
🚨 Kylian Mbappé fini 2e au classement du Ballon d’Or, derrière Harry Kane et devant Lamine Yamal.
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Ce que cette campagne avait fini par effacer
Je n’ai jamais considéré qu’un grand joueur devait s’excuser de vouloir le Ballon d’Or. L’ambition de Mbappé est connue, et ses qualités lui donnent toutes les raisons de viser cette récompense. Mais durant ces dernières semaines, la multiplication de ses entretiens et cette conviction affichée qu’il n’y avait « pas eu de meilleur joueur que moi » ont fini par rendre sa candidature envahissante. Jean-Pierre Papin a publiquement critiqué cette communication trop centrée sur sa personne. Mon malaise, lui, venait surtout de ce que cette campagne nous demandait de laisser de côté.
Mbappé avait terminé meilleur buteur de la Liga, de la Ligue des champions et de la Coupe du monde. Ses performances méritaient d’être reconnues. Néanmoins, pour nous, supporters du Real, le bilan demeurait douloureux. La Supercoupe d’Europe et la Coupe intercontinentale remportées en 2024 figurent bien à son palmarès ; elles ne suffisent pas à combler l’attente d’une Liga ou d’une Ligue des champions depuis son arrivée. Nous attendions que son recrutement nous permette de prolonger les succès madrilènes. Nous avions vécu des déceptions que ses distinctions personnelles ne pouvaient pas consoler.
C’est cette séparation qui m’a consterné. J’avais le sentiment qu’on me demandait d’écarter les échecs de mon équipe pour mieux apprécier la saison de son principal attaquant. Le Real finissait presque par apparaître comme une circonstance atténuante dans le dossier de son candidat au Ballon d’Or. Or l’ambition d’un joueur de cette dimension l’engage aussi dans les difficultés de son club. Ses buts lui donnent une responsabilité particulière : aider les autres à gagner avec lui. C’est sur ce terrain que sa grandeur madrilène reste à établir.
Une deuxième place qui doit ouvrir les yeux
Je continue de trouver cette deuxième place très généreuse au regard du bilan collectif et de l’influence que j’attendais de lui dans les rendez-vous décisifs du Real. Vincent Garcia, le rédacteur en chef de France Football, a néanmoins salué l’efficacité de sa campagne et souligné le faible écart qui le séparait d’Harry Kane. Mbappé s’est donc approché du trophée sans avoir encore accompli ce que nous espérons de lui à Madrid.
🚨 Le directeur de France Football annonce que Kylian Mbappé a été TRES, TRES PROCHE de battre Harry Kane pour le Ballon d'Or. Il dit que Kane a gagné par une DIFFERENCE TRES FAIBLE, l'une des plus petites DE TOUS LES TEMPS, encore plus petite que celle entre Rodri et Vini Jr en Show more
Il devrait y trouver une perspective autrement plus enthousiasmante qu’une nouvelle succession d’entretiens. Si son rendement lui permet déjà d’aller aussi haut, imaginons la force de sa candidature lorsqu’il accompagnera le Real vers une Liga, lorsqu’il pèsera dans une conquête européenne, lorsque nous pourrons associer ses statistiques aux souvenirs d’une saison victorieuse. Un jury conserve sa liberté de jugement. Mais Mbappé aurait alors donné à ceux qui le soutiennent des raisons de le défendre qui dépasseraient largement sa propre conviction d’être le meilleur.
J’espère que sa déception l’aidera à prendre cette direction. Qu’elle nourrira son travail, son exigence envers lui-même et l’envie d’entraîner ses partenaires plus haut. Elle peut devenir utile au Real, pour peu qu’il trouve dans les victoires de l’équipe la réponse à sa frustration personnelle. Et nous avons, nous aussi, une responsabilité dans la manière dont cette nouvelle étape va s’ouvrir.
Au Camp Nou, ses buts avaient retrouvé notre joie
Le Clasico donne à cet espoir quelque chose de concret. Le but victorieux du succès 2-1 est né d’un mouvement associant Bellingham, Arda Güler et Camavinga, avant que Mbappé ne termine l’action. On peut retenir le doublé de l’attaquant. On doit aussi regarder ce qui l’a rendu possible : des partenaires capables de faire avancer le ballon, de se rendre disponibles et de créer le décalage dont le finisseur a besoin.
Ce mouvement dit beaucoup du rapport que Mbappé doit entretenir avec cette équipe. Il reçoit le bénéfice du travail des autres et lui donne son aboutissement. Eux trouvent dans son efficacité la récompense de leurs efforts. Dans cette action, chacun a rendu le suivant meilleur, jusqu’à ce dernier geste qui nous a tous fait nous lever. Le nom du buteur et celui du Real pouvaient être célébrés dans un même élan, sans que personne ait besoin de choisir auquel des deux attribuer le mérite.
🤩⚪️ Le 100e buts de Mbappé filmé des tribunes pour donner la victoire au Real Madrid dans ce Clásico et climatiser le Camp Nou ! @LeoJobert1
C’est ce lien que j’attends désormais sur la durée. Mbappé dispute sa troisième saison à Madrid ; il connaît la maison et sait ce qu’on y exige. Il sait marquer, il sait gagner des matchs. Il doit maintenant aider ce groupe à devenir une équipe qui gagne des titres. Son leadership offensif se mesurera aussi à la confiance qu’il donnera à ses partenaires, aux exigences qu’il saura porter auprès de son entraîneur et à sa capacité à répondre lorsque la saison se décidera.
Notre soutien ne doit plus se négocier
La campagne a pourtant laissé des traces dans nos discussions. Chez une partie de ses soutiens numériques, la moindre réserve semblait constituer une offense. Il serait injuste de lui imputer chaque excès commis en son nom. Mais cette manière de défendre un joueur finit par mettre les fidélités en concurrence : sa carrière devient la seule mesure du football, et le club qu’il représente doit s’effacer devant elle. Mon attachement au Real comprend une autre attente. Je veux pouvoir admirer ses joueurs dans une aventure que nous partageons, avec ses exigences, ses joies et ses déceptions.
Nous devons néanmoins regarder aussi ce que cette crispation a produit chez ceux qui contestaient sa candidature. À force de répondre aux excès, nous risquons de ne plus regarder Mbappé qu’à travers eux. Chaque occasion manquée peut alors devenir une confirmation attendue, chaque mauvaise prestation une pièce supplémentaire dans un procès qui n’en finit plus. Je refuse de souhaiter, même à demi-mot, l’échec de Mbappé pour préserver la justesse d’une analyse.
Mon soutien lui est donc acquis dès aujourd’hui, sans réserve et sans contrepartie. Je souhaite que nous soyons derrière lui dans les grandes soirées comme dans les matchs difficiles, lorsque les buts viendront moins facilement et que son influence sera discutée. La confiance prend aussi son sens dans ces moments-là. Nous devons pouvoir continuer à juger ses prestations tout en souhaitant pleinement sa réussite, sans remettre notre engagement en jeu à chaque rencontre.
Cet engagement oblige également le club. Les dirigeants répondent des choix d’effectif, l’entraîneur de la manière de faire jouer ses hommes ensemble. Leur travail doit permettre à Mbappé de devenir le grand attaquant d’une grande équipe. Lui demander de tirer le groupe vers le haut ne les dispense d’aucune de leurs responsabilités.
Le souvenir de Benzema, l’espoir de Mbappé
Le Ballon d’Or de Karim Benzema, en 2022, permet de comprendre ce que je souhaite retrouver. Ses 44 buts accompagnaient une Liga et une Ligue des champions ; ses prestations contre Paris, Chelsea et Manchester City avaient marqué notre conquête européenne. Quand il a reçu sa récompense, nous pouvions revivre ces soirées à travers lui. Son nom nous ramenait aux émotions d’une équipe, aux efforts de ses partenaires, à des victoires qui nous appartenaient aussi. Son Ballon d’Or donnait un visage à une œuvre collective.
Mbappé peut nous offrir une communion de cette nature avec ses propres qualités. Reconquérir le championnat d’Espagne doit être la première ambition : retrouver la constance, battre nos concurrents et imposer notre supériorité sur la durée. En Ligue des champions, il faudra redevenir une équipe capable de prétendre à la seizième. C’est dans ces conquêtes que son talent peut prendre toute sa dimension madrilène, avec des buts dont nous nous souviendrons pour ce qu’ils nous auront permis de gagner ensemble.
Dès ce lendemain du Ballon d’Or 2026, mon souhait pour 2027 est donc arrêté. Je serai derrière Kylian Mbappé pendant qu’il essaiera de conquérir ces titres, avec l’envie de le voir réussir et de célébrer avec lui ce qui nous a manqué jusqu’ici. Je veux que son premier Ballon d’Or raconte enfin une grande saison du Real Madrid.









