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Avant Real Madrid - Shakhtar Donetsk, la complexe histoire des clubs ukrainiens

30 septembre 2022•Rédaction Le Journal du Real

Prochain adversaire européen du Real Madrid, le Shakhtar Donetsk connaît sans aucun doute la plus étrange situation de son histoire. Avant la rencontre, le Journal du Real vous propose de mieux comprendre le contexte de la qualification européenne des clubs ukrainiens.

Il y a quelques mois, c'était l’une des interrogations de la prochaine saison européenne : que faire des clubs ukrainiens ? Pourtant, la position de la ligue ukrainienne et de l’UEFA n’a jamais bougé. Au début de la saison 2022/2023, ce sont les équipes issues du classement figées officiellement le 26 avril dernier qui se battront au niveau continental. La Ligue des champions connaît donc une situation inédite. Pour la première fois de son histoire, un club dont l'État originaire est en « guerre totale » sur son territoire se positionne dans la course à la Coupe aux grandes oreilles.

Après l'histoire particulière du Sheriff Tiraspol l'an dernier, les Madridistas défieront de nouveau une formation à la situation géopolitique particulière en C1. Le 5 octobre prochain, le Shakhtar Donetsk affrontera le Real Madrid au stade Santiago Bernabéu. Les rois d’Europe accueilleront une équipe ukrainienne supposément affaiblie par les départs de sa diaspora brésilienne iconique. Pour autant, ces derniers pointent à la seconde place du groupe. Avec une victoire et un match nul, ils font partie des 11 équipes encore invaincues.

Une situation inédite

Pour mieux comprendre l’aspect particulier de ce maintien des clubs ukrainiens, il est utile de regarder le passé. Même à l’occasion des guerres de Yougoslavie, les clubs des États belligérants n’avaient pu se présenter en C1. En effet, leur suspension de toutes compétitions de l’UEFA a été effective de 1992 à 1995. À l’occasion de ce conflit extrêmement complexe, l’institution européenne n’avait favorisé aucune région/formation par rapport à une autre. Pire encore, la sélection yougoslave était exclue de l’Euro 1992. À quel point se situait la perte sportive ? Elle était énorme. Les équipes de la nation slave aurait-elle été légitime à participer à ces compétitions ? Sans aucun doute.

À ce moment-là, la sélection de cette nation européenne est surnommée « Les Brésiliens d’Europe ». En cause, leur niveau technique était largement au-dessus de ceux observés sur le reste du continent. La victoire de l’Étoile rouge de Belgrade à la Ligue des champions 1990/1991 en est la plus belle preuve. Avant la triste finale face à Marseille (0 à 0, victoire aux tirs au but), le club serbe inscrivait la bagatelle de 19 buts en 8 matchs. À ce moment-là, la question de l’exclusion était donc purement idéologique et politique.

Incomparable avec celui en Yougoslavie, le conflit ukrainien et russe n’a pas eu le même jugement. Si les écuries russes et biélorusses ont été exclues, alors que les Ukrainiens ont été maintenus, c’est à cause de leur statut d’envahisseur. Si l’UEFA ne s’est pas étendu sur la situation. Seul le président de l’institution, Aleksander Čeferin, a développé son propos sur cette exclusion le 21 septembre. Lors d’une conférence de presse, il déclarait :

« Nous espérons tous que la guerre prendra fin le plus rapidement possible afin que l'équipe nationale (russe) puisse participer à notre compétition. Mais vu la situation, telle qu'elle est, nous ne pouvons même pas en discuter. C'est un mélange de politique et de sport. Je ne peux rien dire et décider. Si un accord est signé, ils pourront concourir. Ce que nous pouvons faire, c'est prôner la paix, et nous espérons que la guerre se terminera bientôt, après quoi nous déciderons de ce qu'il faut faire. »

Un cadre qui dépasse la légitimité sportive ?

Et si la guerre est une situation complexe, l’Ukraine, elle, peut continuer à participer grâce à son statut de « pays envahi ». Pourtant, l’UEFA a-t-elle la légitimité de choisir si les clubs ukrainiens peuvent participer à leurs compétitions ? La réponse logique et légale est évidente. En tant qu’entité suprême et organisatrice sous tous les aspects, la seule participation ou exclusion est au bon vouloir de ces derniers. Sur le plan moral, il peut encore être utile de regarder vers le passé. Début mars 2022, France Info s’entretenait avec Mécha Baždarević. Le milieu de terrain bosnien faisait partie de cette équipe légendaire, exclue de l’Euro 92. Visé par des massacres et par un génocide reconnu par la Cour internationale de justice, le peuple bosniaque a souffert des exactions serbes. Dans sa prise de parole, l’ancien joueur fait le parallèle entre sa situation passée et celle des joueurs russes et ukrainiens actuellement :

« À un moment, on se rend compte que ce n'est que du foot. Je donnerais tout ce que j’ai fait dans ma carrière pour sauver quelques vies.[...] Les footballeurs, les basketteurs et les tennismen russes n’y sont pour rien. Ils ont des amis dans tous les pays, en Ukraine, en France… Qu’est-ce qu’on peut reprocher à un sportif disqualifié, car le président russe l’a décidé ? Les joueurs russes, s’ils vont à une compétition, vont se faire frapper, mais ils n’y sont pour rien.[...] Vis-à-vis de moi (il n’y avait pas d’animosité), car on était des victimes. Mais des Serbes… Ils se faisaient insulter, cracher dessus. Ce n’étaient pas eux qui faisaient la guerre ! Je ne connais pas un joueur au monde qui signera pour faire la guerre, qui va inciter les gens à y aller. »

Ainsi, la non-convocation des équipes russes et biélorusses, contrairement aux formations ukrainiennes, pourrait être considérée comme un appel au calme. Cette idée, exprimée par Mécha Baždarević, coïncide d’ailleurs avec les déclarations d’Aleksander Čeferin. Là où la sélection yougoslave se déchirait en interne, le tribunal populaire ne s’appliquait pas de la même manière envers chaque formation/joueurs. Alors que l’institution footballistique, elle, ne souhaitait pas trancher. Aujourd’hui, la situation permet de dissocier les camps et les effectifs, même jusqu’aux couleurs des maillots. Une situation qui est d'autant plus marquante pour le Shakhtar Donetsk. Dès 2014, l'écurie orange et noir avait dû quitter la région du Donbass, au cœur des conflits entre ukrainiens et séparatistes.

Habitué aux relocalisations, trois stades différents en 8 ans, le club ne baigne plus dans l'inconnu, mais un dans un étrange marasme devenu sa normalité. Seuls réels changements avec la guerre, les rencontres internationales se jouent en Pologne et la grande majorité des joueurs étrangers ont dû quitter le club. Des départs qui ne les ont pas empêchés d'humilier le RB Leipzig en Allemagne (1 - 4) pour la première journée de C1.

Erwan Harzic

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