Xabi Alonso a su traverser une zone de turbulences que peu soupçonnaient de l'extérieur. Il y a encore quelques semaines, le vestiaire du Real Madrid semblait traversé par des doutes profonds à l’égard de sa méthode. Des cadres questionnaient ses choix, son management, et les rumeurs de tensions internes occupaient tout l’espace médiatique.
Aujourd’hui, le ton a radicalement changé. À travers moultes prises de parole, dont celle marquante de Jude Bellingham, les joueurs affichent désormais une unité sans faille derrière leur entraîneur. À l’automne, les signaux d’alerte étaient devenus impossibles à ignorer. Le Real Madrid avançait sans continuité, enchaînant les prestations inabouties.
Les matchs face à Liverpool, à Elche ou au Rayo Vallecano ont laissé une impression persistante : le groupe n’adhérait pas aux idées du Basque. On évoquait alors une fracture naissante, alimentée par des méthodes jugées trop rigides. Les séances vidéo, longues et détaillées, passaient mal auprès de joueurs habitués à davantage d’autonomie. Les consignes étaient perçues comme trop théoriques, et certains cadres, comme Vinicius Jr ou Fede Valverde, donnaient le sentiment de jouer à contretemps.
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Xabi Alonso a adapté sa méthode à la réalité du groupe
Ce malaise diffus ne s’est pas limité aux échanges de couloirs à Valdebebas. Il a fini par s’infiltrer sur le terrain, dans des attitudes hésitantes où l’équipe semblait exécuter une partition sans y croire. À ce stade critique, la question pour Xabi Alonso n’était plus de défendre la justesse tactique de ses idées, mais de s’interroger sur la manière dont elles étaient reçues. Quand le terrain renvoie une telle distance, le problème devient relationnel et pédagogique.
Cette réponse, Xabi Alonso l’a apportée par petites touches, avec intelligence, sans renier son cadre exigeant. Les séances vidéo, point de friction majeur, ont été raccourcies et recentrées sur des messages clés. Le discours s’est voulu plus direct, plus synthétique. Ce glissement n’a pas transformé l’équipe du jour au lendemain, mais il a changé la perception interne. Le message a cessé d’être à sens unique : le staff a rouvert le dialogue, donnant la parole aux leaders pour qu'ils s'approprient le projet.
Le plaidoyer de Jude Bellingham comme tournant
Le changement de climat s’exprime aussi publiquement. La parole de Jude Bellingham, en particulier, a marqué les esprits et servi de catalyseur. Interrogé sur l’avenir de Xabi Alonso à l’approche de la Supercoupe, le milieu anglais n’a esquivé ni la pression ni les rumeurs. « Ce n’est pas à moi de décider. Nous sommes tous unis : le staff, les joueurs… Il y a des hauts et des bas, mais il faut regarder où nous en sommes », a-t-il expliqué. Un discours mesuré qui tranche avec les échos de défiance passés.
Plus significatif encore, Bellingham a tenu à répondre frontalement aux bruits de vestiaire : « Nous soutenons l’entraîneur, cela ne fait aucun doute. Si les choses ne vont pas bien, nous nous asseyons et nous discutons ». Ce positionnement public est crucial. Il a été suivi par d'autres signaux : des gestes de soutien sur le terrain de Vinicius, ou l'implication de jeunes comme Raul Asencio et Alvaro Carreras. Le groupe a fait bloc.
Une unité précieuse qu'il faut maintenant valider
Ce retournement de situation offre enfin au technicien ce qui lui manquait depuis plusieurs semaines : un socle de légitimité. À Valdebebas, aucun entraîneur ne peut durer sans l’adhésion active des poids lourds du vestiaire. Cette unité retrouvée ne gomme pas toutes les limites observées dans le jeu, ni les interrogations tactiques, mais elle donne de nouvelles options à Xabi Alonso. Il n’avance plus seul contre des vents contraires.
Pour autant, cette cohésion reste fragile. Elle ne survivra pas longtemps sans résultats tangibles. Le Real Madrid a souvent montré qu’un vestiaire uni pouvait traverser des tempêtes, mais aussi que l’harmonie s’érode vite lorsque les victoires se font attendre. La Supercoupe, puis la suite de la saison, serviront de révélateurs définitifs. L'entraîneur a réussi la partie humaine en ralliant ses troupes ; reste maintenant à transformer ce soutien moral en une domination sportive incontestable.











