Le basketball européen vit l'une de ses semaines les plus décisives depuis la création de l'Euroligue. Mardi, les dirigeants des treize clubs propriétaires de la compétition se sont retrouvés à Barcelone pour un conseil d'administration au programme chargé : confirmation du format de la saison 2026-27, transition vers un modèle de franchises permanentes, lancement du processus d'expansion et, en incontournable, la question épineuse de la cohabitation avec le projet NBA Europe.
Comme le rappelle AS, le feuilleton de la relation entre l'Euroligue et la NBA est entré dans une phase décisive, avec des enjeux qui dépassent largement le cadre sportif.
L'expansion retardée
La première décision du board était la plus attendue : l'Euroligue continuera avec une configuration de 20 équipes pour la saison 2026-27, la structure actuelle, pendant au moins une année supplémentaire. La saison régulière se disputera à nouveau dans un format de double confrontation intégrale, chaque équipe jouant 38 matchs. Les éventuels ajustements de format sont désormais repoussés à la saison 2027-28 au plus tôt.
Si le format est gelé, la dynamique d'expansion, elle, est bien lancée. Plus de dix clubs ont soumis des lettres d'intérêt pour rejoindre la compétition dans le cadre d'un processus d'expansion dont la première phase d'exploration se lancera officiellement en juillet 2026. Parmi les candidats identifiés figurent des clubs comme la Crvena Zvezda, le Partizan, le Besiktas, et, cas particulièrement intéressant du côté espagnol, le Valencia Basket, dont l'ambition de rejoindre l'élite européenne est désormais clairement affichée.
Le board a également évoqué la transition vers un modèle de franchises permanentes, une révolution de gouvernance que le nouveau CEO Chus Bueno défend comme la clé pour attirer des investisseurs à long terme et faire croître la valeur globale de la ligue. Une évaluation indépendante menée par JB Capital a établi la valeur combinée de l'Euroligue et de ses clubs licenciés à 3,2 milliards d'euros, avec une projection de croissance de 25 % supplémentaires après la mise en œuvre du modèle de franchises.
Le Real Madrid entre deux eaux, toujours sans signature
Au cœur de toutes ces discussions, la situation du Real Madrid reste le point de tension principal. Fenerbahçe a accepté de signer une nouvelle licence de dix ans avec l'Euroligue, mais le Real Madrid et l'ASVEL n'ont pas encore décidé de s'engager, le club espagnol évaluant toujours le paysage concurrentiel.
AS rappelle que le club merengue est, de très loin, le membre le plus indécis des treize clubs fondateurs malgré qu’il soit plus proche de trouver un accord. Sa licence actuelle expire le 30 juin prochain, et les conversations avec la NBA qu'Adam Silver lui-même a reconnues publiquement en janvier dernier depuis Berlin ne cessent d'alimenter les spéculations.
Le Real Madrid tient à conserver toutes ses options ouvertes, quitte à jouer avec le feu : rester trop longtemps dans l'entre-deux, c'est risquer de se retrouver sans compétition européenne de haut niveau si le projet NBA Europe venait à prendre du retard. Le principal risque identifié par le club blanc est précisément de se retrouver entre la sortie de l'Euroligue et un lancement de la NBA Europe qui ne serait pas encore garanti.
Bloomberg lève le voile sur les résistances des clubs de football
C'est dans ce contexte que Bloomberg a publié une révélation décisive cette semaine : les grands clubs de football européens, ceux que la NBA cible comme investisseurs potentiels pour ses franchises, sont loin d'être convaincus. Les propriétaires de clubs de football qui s'intéressent au projet ont enregistré leur opposition à certaines des conditions proposées et ont mis en cause le manque de détail avant d'être invités à soumettre des offres.
Le point de friction central, comme AS le souligne en citant l'enquête de Bloomberg, est d'ordre économique et révèle une asymétrie jugée inacceptable. Les investisseurs sont réticents face à un modèle dans lequel la NBA conserverait une très large part des revenus de la ligue, avec une répartition décrite comme 45 % pour la NBA et 45 % pour les clubs participants, 5 % pour la FIBA et 5 % réservés à de futurs partenaires. En comparaison, l'UEFA ne prélève qu'environ 2,5 % des revenus nets de sa Ligue des champions, redistribuant le reste aux clubs.
Le basket européen traverse donc une période charnière où chaque semaine apporte son lot de revirements. L'Euroligue consolide son modèle et accélère son expansion. La NBA continue d'avancer ses pions malgré les résistances. Et le Real Madrid, fidèle à sa politique du dernier moment, regarde depuis le bord. La décision des Merengues pourrait, à elle seule, changer le visage du basket européen pour les dix prochaines années.










