En février dernier, José Mourinho avait peut-être l'occasion d'apparaître une dernière fois sur la pelouse du Santiago Bernabéu, sur le banc de Benfica. Mais suspendu ce soir-là, ces retrouvailles n'avaient pas pu avoir lieu. Il aura fallu attendre, regarder le match depuis ailleurs, aussi près et pourtant aussi loin du stade qui a façonné une partie de son histoire.
Comme le destin fait parfois bien les choses, cette occasion se représente ce soir. Cette fois, pas en simple visiteur venu jouer les trouble-fêtes. Mourinho retrouve le Bernabéu en tant qu'entraîneur du Real Madrid, exactement comme la dernière fois qu'il y avait posé le pied, treize ans plus tôt.
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Le stade où tout a commencé
Il faut remonter à mai 2010 pour comprendre ce qui lie vraiment José Mourinho au Santiago Bernabéu. Ce soir-là, l'Inter Milan y affronte le Bayern Munich en finale de Ligue des champions et l'écrase 2-0, portée par un doublé de Diego Milito. Le Special One soulève la Coupe aux grandes oreilles dans le temple du club qu'il s'apprête à rejoindre. Les larmes coulent, incontrôlables, sur le visage d'un homme qui vit là l'une des plus belles soirées de sa carrière.
Mais avant même cette finale, Mourinho est déjà un héros aux yeux des socios madrilènes. Quelques semaines plus tôt, son Inter a sorti le Barça de Guardiola en demi-finale, tout juste auréolé d'un sextuplé historique et alors intouchable aux yeux de toute l'Europe.
La boucle se referme vite. Quelques jours après avoir célébré son sacre européen, le Portugais revient au Bernabéu, cette fois pour sa conférence de presse de présentation, côté Real Madrid. Le stade qui l'a adopté comme le bourreau du Barça s'apprête à devenir sa maison. Il ignore encore qu'il s'apprête à y connaître, aussi, ses plus grandes désillusions.
Les désillusions européennes
L'histoire de Mourinho à Madrid, c'est d'abord celle des trophées. La Coupe du Roi arrachée en 2011, la Liga des records l'année suivante, 100 points, 121 buts inscrits, puis la Supercoupe d'Espagne en 2013. Mais c'est aussi, malgré tout, l'histoire de grandes déceptions européennes. Non pas que l'équipe ait sous-performé. Avant son arrivée, le Real Madrid n'avait plus atteint les demi-finales de Ligue des champions depuis sept longues années. Un stade que Mourinho, lui, atteindra à trois reprises. Mais ces trois demi-finales laisseront chacune une trace amère, chacune à sa manière.
2011, d'abord, face au grand rival barcelonais. Défaite 0-2 lors du match aller, mais une élimination rendue plus amère encore par l'expulsion controversée de Pepe à l'aller, et par ce match retour au Camp Nou où le Real tient tête au Barça, sans jamais parvenir à renverser la vapeur. 2012, ensuite, face au Bayern Munich. Celle-là fait sans doute le plus mal. Cette saison-là, la Décima semblait promise. Elle s'échappe aux tirs au but, dans l'un des scénarios les plus cruels que le football sait offrir.
Et enfin 2013, face au Borussia Dortmund. Une victoire 2-0 au retour, au Bernabéu, qui relance tous les espoirs d'une remontada. Mais l'addition des deux matchs penche du mauvais côté. À un seul but près, c'était une finale à Wembley, face au Bayern Munich.
La dernière saison
La saison 2012/13 marque le point de rupture entre Mourinho et le Bernabéu. Les résultats se dégradent, la relation avec plusieurs cadres du vestiaire se fissure définitivement et le club traverse sa pire campagne de Liga du mandat. Après une défaite face au Betis, le Portugais prend la parole publiquement. Il ne défend pas ses joueurs, il les protège. C'est lui, dit-il, qu'il faut siffler, pas eux. Il tient parole. Le lendemain, il sort seul sur la pelouse du Bernabéu quelques instants avant la rencontre, face à des supporters exaspérés, reste quelques instants immobile, silencieux, puis repart. Ce jour là, le Real bat l'Atlético 2-0 en Liga.
L'histoire tourne court. Lors de la finale de Copa del Rey, disputée au Bernabéu, Cristiano Ronaldo ouvre le score. Diego Costa égalise pour l'Atlético et Miranda offre la Coupe aux Colchoneros en prolongation. Pour son avant-dernier match à domicile, Mourinho est expulsé. La rupture, cette fois, est consommée.
Son tout dernier match reste à sa manière un symbole. Face à Osasuna, pour la dernière journée de Liga, Mourinho se passe de plusieurs cadres et laisse Iker Casillas en tribunes. Dans les buts, c'est Jesús Fernández, quatrième gardien du club, qui hérite d'une place inattendue. Sous les sifflets d'une partie du Bernabéu, le Real l'emporte 4-2. Trois jours plus tard, le départ du Special One est officialisé.
The Last Dance
Treize ans après avoir quitté le Bernabéu par la petite porte, José Mourinho y revient ce soir pour un tout autre chapitre. Celui d'un entraîneur qui n'a plus rien à prouver, mais qui sait aussi que le club et son histoire n'accordent que peu de temps à ceux qui n'apportent pas de résultats immédiats. À bientôt 64 ans, après des passages contrastés à Chelsea, Manchester United, Tottenham, la Roma, Fenerbahçe puis Benfica, ce retour a des allures de pari, autant pour lui que pour le club qui le lui offre.
Le contexte, cette fois, n'a plus rien à voir avec celui de 2010. Le Portugais n'arrive plus en héros annoncé de la Décima, porté par l'aura d'un triomphe européen tout juste décroché. Il revient dans un vestiaire à reconstruire, avec une nouvelle génération de recrues à souder autour de lui et l'obligation de redonner une identité à une équipe en quête de repères.
Le Bernabéu, qui l'a vu pleurer de joie, souffrir en Ligue des champions et partir sous les sifflets, s'apprête à découvrir une nouvelle version de lui : plus apaisée, dit-on, mais tout aussi déterminée à écrire une histoire qui, cette fois, ne ressemblera à aucune des précédentes.










