Hier soir, au Teatro alla Scala de Milan, Luka Modrić figurait parmi les récompensés du Gran Galà del Calcio. Cette cérémonie annuelle célèbre les meilleurs joueurs de Serie A, votée directement par les footballeurs eux-mêmes. À 41 ans, le Croate a été désigné membre du milieu de terrain type de la saison 2025-26, aux côtés de Hakan Çalhanoğlu et Scott McTominay. Une reconnaissance supplémentaire pour l’ancien capitaine du Real Madrid, qui continue de repousser les limites de l’âge depuis son arrivée libre à l’AC Milan l’été dernier.
En marge de cette soirée de gala, Modrić s’est confié dans deux entretiens accordés à AS et à Marca. Il y revient longuement sur son départ du Real Madrid et sa nouvelle vie à Milan. Il évoque aussi un possible retour dans la capitale espagnole une fois sa carrière terminée.
Les réponses de Luka Modrić à AS
Sur sa vie à Milan : « Je me sens bien. Je suis très, très content de ma vie à Milan. Dès le premier jour, j’ai été très bien accueilli par le club et les supporters et c’est pour ça que je suis content. La ville est belle, différente de Madrid, mais elle me plaît aussi. Vraiment, je profite, je suis content et heureux ici. »
Sur la comparaison entre le palmarès européen du Real et du Milan : « Ça en dit long sur le Real et sur le Milan. Le Real est le plus grand club de l’histoire, et le Milan est un grand club, celui qui a le plus de titres européens après le Real. Même s’il n’a pas gagné depuis longtemps, ça reste un club historique avec une histoire incroyable, il ne lui manque plus qu’à retrouver le niveau qu’il avait dans les années 90 et 2000. »
Sur son admiration d’enfance pour le Milan : « J’ai grandi en regardant beaucoup de football italien, parce que l’Italie est proche de la Croatie et j’ai grandi en regardant ce football qui était à l’époque peut-être le championnat le plus fort du monde, comme la Premier League aujourd’hui, avec des joueurs incroyables. Le Milan était mon équipe quand j’étais petit, celle que j’admirais. Je n’ai jamais pensé que mon chemin allait me mener ici, mais la vie écrit des choses incroyables. »
Sur les conseils reçus de Carlo Ancelotti avant de signer à Milan : « Il m’a appelé quelques jours après avoir su, pour Milan, parce qu’on lui avait demandé des informations sur moi depuis là-bas. Il m’en a parlé en très bien, même si je savais déjà que c’est un grand club. Ça se sent à la façon dont les gens parlent du Milan, comme quand les gens parlent du Real, on en parle d’une manière différente. »
Sur sa décision de prolonger d’un an à Milan : « J’avais toujours envie de continuer, j’aurais même pu signer en novembre dernier, après trois ou quatre mois ici. Mais j’avais dit au club que je voulais attendre pour voir comment j’allais me sentir, si j’allais garder la même envie, la même passion, la même motivation. Une fois le Mondial terminé, cette envie, cette motivation et cette passion étaient toujours là dans mon corps. En parlant ensuite avec le nouvel entraîneur (Rúben Amorim), avec les gens du club, avec le propriétaire, ils m’ont montré le nouveau projet, ce qu’ils veulent et ils m’ont dit que je faisais partie de ce projet, que je serais très important dans tout ça. »
Sur son âge et sa longévité : « On dirait qu’il y a ce discours comme quoi une fois un certain âge atteint, il vaut mieux se retirer et faire un pas de côté, mais je ne le vois pas comme ça si tu te sens bien, parce que c’est ma vie. J’aime ce que je fais, j’aime vraiment le football et je suis heureux, je profite. Je fais ça depuis plus de 30 ans, j’ai commencé enfant à 6 ans, et je sais que ça ne peut pas durer aussi longtemps que d’autres métiers. Mais pour moi, ce n’est pas un travail, c’est quelque chose que j’aime. »
Sur un possible dernier contrat : « Je ne sais pas vraiment. Ça se pourrait, mais je ne veux pas le dire maintenant alors qu'on est qu'en septembre. Je veux d’abord voir comment se passe la saison et comment je me sens. Je ne veux pas me fixer de date pour que d’autres disent : “Ah, tu as 41 ans, pourquoi tu continues ?” Les voix extérieures ne m’ont jamais beaucoup importé, j’ai toujours eu mes propres pensées et je crois qu’à ce jour j’ai plutôt bien géré les décisions de ma carrière. »
Sur la Ligue Europa comme motivation supplémentaire : « Ça reste très lointain. Le Milan doit toujours penser à gagner des choses, vu l’histoire du club et tout ce qu’il a accompli, mais il faut y aller petit à petit. On a un nouvel entraîneur, il y a eu beaucoup de changements, on va voir. La saison est longue. On a bien commencé, ce qui est toujours important avec un nouvel entraîneur et de nouvelles idées. »
Sur Cristiano Ronaldo et ses 1000 buts : « Cristiano est incroyable, c’est un phénomène, un monstre, et je n’ai aucun doute qu’il va atteindre ce chiffre. Tout ce qu’il a fait, ce qu’il continue de faire et de disputer, en donnant tout match après match, c’est admirable. Je lui porte une affection particulière pour tout ce qu’on a fait et gagné ensemble à notre Real Madrid et c’est pour ça que je souhaite qu’il atteigne ce chiffre au plus vite. »
Sur l’élimination en Coupe du monde face au Portugal et la polémique arbitrale : « Ça a été une grande frustration de perdre de cette manière-là. On a fait un grand match, on a été meilleurs que le Portugal, surtout en seconde période et on aurait pu tuer le match bien avant. Sur cette action, ce n’était pas seulement le dernier but, il y avait aussi le penalty. L’arbitre nous a dit sur le terrain qu’il n’avait rien vu, que les deux joueurs s’accrochaient. Je pense que la technologie est en partie bonne pour le football, mais je crois qu’elle est très mal utilisée et de façon sélective. »
Sur un possible retour en sélection croate : « D’abord je dois décider et en parler avec la Fédération et avec le nouveau sélectionneur, qui vient juste de commencer. On a une très bonne relation, mon parcours en sélection a commencé avec lui en U21. »
Sur le retour de José Mourinho au Real Madrid : « On le voit déjà dès les premiers matchs, c’est un Real différent, un Real qui fait peur et ça me plaît. Je pense que le choix de Mourinho est une décision très juste du club, la meilleure option pour ce poste. Il connaît la maison, c’est un gagnant, il a une personnalité incroyable et je lui porte une affection particulière parce que c’est lui qui m’a fait venir, ce qui a été le plus important pour mon arrivée. Il a dit au club : “Je veux Modrić ou personne d’autre.” »
🚨 Luka Modrić : « On peut déjà le voir sur les premières journées : le Real Madrid est différent — il est redoutable, il est impressionnant. Faire venir José Mourinho était une décision brillante — le meilleur choix possible. » @marca
Sur son unique saison de travail avec Mourinho : « Cette année-là, j’ai beaucoup appris sur comment encore mieux faire son travail, se battre, tout donner. Sa façon de préparer les matchs était quelque chose d’incroyable, tu entrais sur le terrain en sachant exactement ce qui allait se passer. Je pense que c’est la meilleure option et qu’il va apporter beaucoup de joie au madridismo et que le Real Madrid va être très dangereux dans toutes les compétitions. »
Sur le Barça comme rival : « Le Real ne doit jamais regarder ce que font les autres, mais se concentrer sur lui-même. Le Barça est peut-être son plus grand rival, mais le Real doit se concentrer sur son propre jeu et laisser les autres s’inquiéter du Real, pas l’inverse. Ça a toujours été comme ça, au moins à mon époque et bien avant, c’est pour ça que le Real est aussi grand. »
Sur l’affection du public madrilène : « J’ai dit dans mon discours d’adieu cette phrase : “Ne pleure pas parce que c’est fini, souris parce que c’est arrivé.” Et j’avais ajouté que je considère que mon plus grand trophée, même si j’ai gagné beaucoup de titres, c’est l’affection du public madrilène. C’est difficile de trouver les mots pour remercier autant d’affection. Je l’ai ressentie dès le premier jour, même pendant la période un peu compliquée de mon arrivée. »
Sur son palmarès et l’affaire Negreira : « C’est un dossier qui vraiment n’est pas normal. Je ne veux pas trop rentrer dans le sujet, ça ne me plaît pas. À mon époque, pourquoi on gagnait plus de Ligue des champions que de Liga ? Je crois qu’on n’était pas aussi concentrés sur le quotidien, on pensait qu’il y avait le temps d’arranger les choses, alors qu’en Ligue des champions on savait qu’on ne pouvait pas se rater. »
Sur son Ballon d’or 2018 : « C’est quelque chose d’incroyable, la plus grande reconnaissance individuelle qui existe, il n’y a rien de plus grand. Et encore plus le gagner à l’époque de ces deux phénomènes que sont Cristiano Ronaldo et Messi et même avec d’autres grands joueurs qui rivalisaient chaque année comme Neymar ou Karim Benzema, qui l’a gagné des années plus tard. Je me sens très content et satisfait d’avoir un Ballon d’or en voyant la liste des joueurs qui le possèdent. »
Sur le favori pour le Ballon d’or 2026 : « Je ne sais vraiment pas, je ne veux mentionner personne ni dire qui le mérite le plus. Il y a des gens qui votent et qui décident qui le gagne. Il y a beaucoup de candidats du Real et d’autres équipes. On verra bien qui le gagne, je ne veux pas entrer dans les noms. »
Sur le trio Mbappé-Bellingham-Vinícius : « Ce sont des phénomènes. Je suis très content que Vinícius ait prolongé avec le club, ça n’aurait pas été bon qu’il parte vu tout ce qu’il apporte. Kylian est incroyable, la facilité avec laquelle il marque des buts, sa rapidité, sa vitesse sont spectaculaires. Mais celui dont je me sens le plus proche, c’est Jude, parce que c’est un milieu de terrain comme moi. Dès le premier jour, j’ai vu quelque chose de différent chez lui, d’abord comme joueur, pour son talent, mais aussi pour sa personnalité. »
Sur un possible retour futur au Real Madrid : « J’espère que ça arrivera. Le Real est ma maison et le sera toujours. Je serai toujours madridista pour tout ce que j’y ai vécu. Ça a été les meilleures années de ma vie professionnelle et personnelle. J’espère pouvoir revenir un jour, mais on verra sous quel rôle. Je ne reviendrais pas au Real juste pour mon nom, pour être là sans savoir vraiment ce que je fais. Si je reviens, je veux être utile, important et acteur dans ce que je ferai, comme l’a dit Mourinho récemment : travailler “pour” le Real Madrid. »
Les réponses de Luka Modrić à Marca
Sur le fait qu’on lui dise qu’il manque à Madrid : « Merci ! C’est toujours agréable d’entendre ça, que je vous manque. Moi aussi, Madrid me manque, la ville, le club, tout. Mais je peux dire que je me sens bien et heureux ici à Milan, qu’on m’a accueilli à bras ouverts dès le premier jour et que je suis très content. »
Sur le souvenir de son jour d’adieu au Real Madrid : « Je m’en souviens avec une fierté immense, même si ça n’a pas été un jour facile, comme on pouvait le voir sur les images de moi avant le match, dans le bus, les jours précédents quand j’ai fait l’annonce et sur le terrain. C’était des jours avec beaucoup d’émotion, parce que je savais que se terminait l’étape la plus belle de ma carrière de footballeur. »
Sur la difficulté de ce départ pour sa famille : « Je crois que ça a été difficile pour les deux, pour ma famille et pour moi, mais peut-être encore plus pour eux, parce qu’ils sont madrilènes depuis toujours. Surtout mes enfants. Mon premier fils est né en Angleterre, il avait deux ans quand on est arrivés, mais il se souvient de toute son enfance à Madrid. Il a 16 ans maintenant. »
Sur ce qui est le plus dur, dire adieu ou s’habituer à ne plus être joueur du Real : « Je crois que, dans mon expérience, le plus dur c’est de dire adieu, pas de s’y habituer après. Ce ne fut pas facile de dire au revoir, mais c’est une partie de la vie. Quand tu sais que tu as tout donné, que tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir pour ce club, tu pars la tête haute. Moi, je suis parti la tête haute. »
Sur son statut de joueur le plus titré de l’histoire du club : « C’est quelque chose d’incroyable, vraiment. Je ne m’imaginais jamais quelque chose comme ça. Tu arrives dans un club où tu sais que tu vas te battre pour les titres, mais même dans mes rêves les plus fous, je ne m’attendais pas à être le joueur le plus titré de l’histoire du club. »
Sur ce que le Real Madrid lui a laissé, au-delà des titres : « Il m’a appris à ne jamais abandonner, à toujours me battre jusqu’au bout, à toujours croire, à toujours donner le maximum. Même si ça fait partie de mon caractère, de ma façon d’être, le Real te donne encore plus ça, il te l’inculque de l’intérieur. »
Sur les remontadas vécues au Bernabéu : « Incroyable. Surtout lors de l’avant-dernière Ligue des champions, mais pas seulement. Depuis mon arrivée, il y a eu tellement de matchs fous, tellement de remontadas, qui montraient l’identité de ce qu’est le Real Madrid. »
Sur le trio Casemiro-Kroos-Modrić : « Meilleur milieu de terrain de l'histoire ? Ça, ce n’est pas à moi de le dire. Ces débats existeront toujours et je préfère laisser ça aux gens qui en parlent et qui donnent leur avis. Ce que je peux dire, c’est que j’ai adoré jouer avec ces deux-là. On se connaissait les yeux fermés et vraiment, c’était incroyable de jouer avec eux au milieu. »
🚨🗣️ Luka Modrić : « Casemiro-Kroos-Modric, le meilleur milieu de terrain de l’histoire ? Ce n’est pas à moi de le dire. Ces débats existeront toujours, et je préfère laisser cela à ceux qui parlent et donnent leur avis. Ce que je peux dire, c’est que j’ai adoré jouer avec ces Show more
Sur le plaisir pris au Real Madrid malgré l’exigence : « Oui, je me suis beaucoup amusé, vraiment. Même si l’exigence est énorme, j’ai réussi à en profiter malgré tout. J’aime avoir cette responsabilité, cette exigence. Je fonctionne mieux quand il y a un peu de pression. Quand l’ambiance est trop relâchée, je ne fonctionne pas bien. »
Sur le choix du Milan, un club tout aussi exigeant : « L’exigence est très grande ici aussi. Le Milan est l’un des meilleurs clubs du monde, un club historique qui n’a peut-être pas eu, ces dernières années, les résultats auxquels tout le monde était habitué, mais ça ne l’empêche pas de rester un grand club, l’un des plus aimés au monde. »
Sur ses objectifs cette saison avec le Milan : « Faire mieux que l’année dernière. Pendant longtemps, on a très bien fait, on s’est battus pour le Scudetto quasiment jusqu’en mars et puis, lors des derniers matchs, on a tout gâcher et on ne s'est pas qualifié pour la Ligue des champions. Ça a été un coup dur pour le Milan, parce que le Milan, au minimum, doit jouer la Ligue des champions chaque année vu son histoire. »
Sur sa motivation intacte saison après saison : « Ce n’est pas difficile. Je fais ce que j’aime. Le football, c’est ma vie. J’ai commencé à m’entraîner à six ans et le football, vraiment, c’est ma vie. Je continue à en profiter, j’ai toujours la même ambition, la même motivation, la même passion. Et quand tu ressens ça, c’est plus facile de continuer. »
Sur le fait qu’on parle sans cesse de son âge : « Ça ne me met pas en colère, mais ça finit par lasser. Ça lasse de l’entendre, parce que ce n’est pas nouveau depuis deux ans. Ce discours a commencé en 2019, après le Mondial, quand j’avais 33 ans. Depuis, j’ai gagné deux Ligues des champions de plus, fait une troisième place au Mondial 2022 avec la Croatie, une finale de Nations League, d’autres titres. »
Sur sa préparation physique : « Oui, je me sens vraiment très bien physiquement. Beaucoup vont dire que c’est une question de génétique, ça peut jouer, mais ce n’est pas que ça. Si tu ne travailles pas, si tu ne te donnes pas à 100% chaque jour, à chaque période de vacances, c’est difficile de tenir ce niveau aussi longtemps. Presque impossible. »
Sur l’enfant qu’il était à Zadar : « En tant que personne, j’ai toujours été très ambitieux, mais je mentirais si je disais que j’imaginais tout ça. Non. Je dis toujours que si quelqu’un m’avait donné une feuille en me disant “écris ce que tu veux accomplir dans ta vie, dans ta carrière”, je n’aurais jamais écrit ça. Mon seul rêve était de jouer un match avec la Croatie, de débuter en sélection. »
Sur sa vie en dehors du terrain : « Une personne normale. Un homme de famille. J’essaie d’être avec ma famille, avec mes enfants, de faire des choses normales, rien d’extraordinaire. J’aime jouer au padel, au tennis, au basket. Dès que je peux, je le fais. »
Sur l’affection des supporters, y compris adverses : « C’est quelque chose d’incroyable, vraiment. Je l’ai toujours dit et je l’ai dit lors de mes adieux au Real : mon plus grand trophée, c’est ça. Pas les titres. Les titres sont importants, on joue pour gagner des titres, mais mon plus grand trophée, c’est cette affection que j’ai reçue des gens, et surtout du madridisme. »
Sur le rôle de Mourinho dans son transfert au Real Madrid en 2012 : « Je crois que Mourinho a été le plus important pour mon arrivée, parce qu’il a fait tout, absolument tout ce qui était en son pouvoir pour que je sois la recrue de cet été-là. La négociation avec Tottenham n’a pas été facile. Si Mourinho n’avait pas été aussi insistant, le Real aurait peut-être abandonné la négociation. »
Sur un possible retour futur au Real Madrid : « J’espère. J’aimerais bien. Pour être honnête, je n’ai pas à le cacher. Madrid est ma maison, et bien sûr qu’un jour j’aimerais y retourner. Mais on verra comment et sous quel rôle, si ça arrive. Je ne veux pas revenir juste pour revenir, être là sans savoir pourquoi je suis là. Je veux être utile, je veux aider le Real. »









