Chaque saison raconte une histoire différente, mais le calendrier trace pratiquement le même chemin à parcourir pour le Real Madrid. Comme l’an passé, la septième journée de la Liga promet un combat âpre en terre voisine mais surtout ennemie : celle du Riyadh Air Metropolitano, antre de l’Atlético de Madrid pour un derby qui s’annonce explosif. Soit le rendez-vous opportun pour dessiner un premier bilan du début de saison et révéler la vraie valeur de l’équipe merengue.
Une histoire à gommer sur la pelouse du Metropolitano
L’an dernier, à la même période, le grand derby de Madrid sur la pelouse de l’Atlético servait de premier test grandeur nature pour les hommes de Xabi Alonso, mais l’issue de la rencontre avait signé un retour brutal sur terre après un début de saison pratiquement idyllique. Le grand rival avait infligé une Manita historique au Real Madrid sur un score de 5-2, pour lancer un début d’agonie avant de dépérir courant novembre. Le club de Chamartín avait subi la furie des Colchoneros, naufragé par un Sorloth impérial dans les airs et un Julián Álvarez encore plus insaisissable.
Avant ce derby fatal, la Maison Blanche occupait la place de leader, vainqueur de l’intégralité des six premiers matchs en Liga. Cette saison, le Real Madrid ne se déplace pas au Metropolitano d’un blanc aussi immaculé, mais plutôt entaché par une défaite surprise sur la pelouse du Betis (0-1). Synonyme d’un premier revers à l’extérieur qui peut susciter une inquiétude plus large : l’équipe madrilène n’a jamais été convaincante en dehors du Bernabéu pour l’instant, avec des victoires obtenues au casse-pipe sur les pelouses de l’Espanyol (1-2), et d’Elche (2-3).
Après un seul mois de compétition, les joueurs de Mourinho se retrouvent dans une posture délicate. Ces derniers accusent déjà un retard de trois points sur le FC Barcelone, qui paraît insubmersible comme jamais. Un faux pas lors du derby pourrait rapidement signer un premier arrêt de mort dans cette course frénétique vers le titre.
En comparaison avec l’an dernier, la configuration est tout autre : le Real Madrid ne peut être surpris et doit laver l’affront de l’an passé. L’équipe merengue a déjà connu un affrontement face à un gros cador depuis le début de cet exercice, mais sur la scène européenne avec la réception de l’Inter Milan. Face aux Nerazzurri, une relative efficacité dans les deux surfaces était de mise pour conduire les Espagnols vers le succès (2-1), mais sans le moindre contrôle du jeu ni une once de domination.
Sur le plan domestique, ce phénomène a ressurgi en seconde mi-temps lors des deux derniers matchs, face au Rayo Vallecano puis face à Elche : l’équipe merengue a livré un contenu apathique et indigne de son prestige par moments. Sur la pelouse d’Elche, une égalisation à une dizaine de minutes du terme a failli coûter deux points au club de la capitale espagnole, avant que Carlos Espi ne sauve la mise dans le temps additionnel. De cette passivité lors du second acte ressort même une infériorité dans le contrôle du ballon, puisque le relégable Elche disposait de 59% de possession.
Un Real Madrid plus alarmant, mais moins naïf ?
Gagner “moche”, mais gagner quand même est une approche loin de refroidir José Mourinho. Un jeu qui tombe en ambivalence avec le projet de jeu trop audacieux de Xabi Alonso, en début de saison dernière. Lors de la déroute sur le score de 5-2 en septembre 2025, le Real Madrid était tombé dans le piège d’un jeu stérile et trop prévisible avec une possession de balle avoisinant les 63 %, sans être dangereux en attaque. Seuls les buts inscrits par Mbappé et Guler étaient considérés comme des occasions dangereuses, constituant alors un taux de 0,6 xG (buts attendus, selon la qualité des occasions) contre 2,34 xG pour un total de 13 tirs en faveur de l’Atlético.
À contrario, lors de la réception de l’Inter Milan en Ligue des champions ces derniers jours, le Real Madrid subit bien plus dans le jeu, tient parfois une défense en zone dans sa propre surface mais produit paradoxalement bien plus de situations dangereuses en attaque. Au total, près de dix approches nettes devant le but Interiste pour un faible taux de possession à hauteur de 36%, au Bernabéu. Du jamais vu dans un match de phase de groupes (de ligue désormais) depuis la saison 2003-2004, précise Opta.
Ce qui n’empêche pas le Real Madrid de marquer. Si l’Inter a évité de justesse une injuste mais fascinante correctionnelle, certains clubs de Liga ont subi la force de frappe de l’armada offensive madrilène à l’image de Malaga, de la Real Sociedad et du Rayo Vallecano, encaissant 4 buts chacun.
Lors des six matchs de Liga précédant le derby en 2025/2026, seul Levante concédait autant : aujourd’hui, le Real Madrid marque plus avec 17 réalisations inscrites depuis le début de l’exercice, contre seulement 14 l’an passé à ce stade de la saison. Mais au-delà des chiffres, le décor du Real Madrid est toujours le même depuis près de deux ans : le jeu de l’équipe reste trop approximatif sur le plan de la création et du tempo, un phénomène rédhibitoire pour aspirer à remporter des titres majeurs.
Le Real Madrid arrive mieux armé au Metropolitano cette saison
Sur le plan offensif, José Mourinho peut se targuer d’avoir plusieurs armes à sa disposition : la première se nomme Mbappé, auteur de sept buts en championnat et qui ne mène plus seul la danse sur le front de l’attaque à l’inverse du début de saison dernière. Sous la houlette de Xabi Alonso, l’attaquant français portait les siens à bout de bras alors que Bellingham était forfait pour blessure et que le protagonisme de Vinicius s’éteignait.
En ce mois de septembre 2026, mis à part les performances en dents de scie du numéro 7 brésilien, qui n’arrive toujours pas à retrouver sa superbe, la donne est différente pour d’autres. Jude Bellingham brille de mille feux grâce à une liberté retrouvée et Arda Guler profite d’un positionnement plus haut sur le terrain pour montrer l’étendue de son talent aussi bien créatif qu’inspiré.
Le génie turc est le joueur du Real Madrid qui brûle la rétine, dans un rôle de maître à jouer offensif. Cela rappelle, sans équivoque, une certaine entente avec Mbappé qui avait fait des étincelles sous les ordres de Xabi Alonso, il y a tout juste un an. Avant de reculer dans un double pivot plus défensif au milieu de terrain par la suite, signe de frustration.
José Mourinho dispose aussi d’un joker de luxe en la qualité de Yan Diomandé, qui vient d’enchaîner deux premières titularisations face au Rayo Vallecano et à Elche. À mesure que les minutes s’enchaînent, l’ailier ivoirien commence à retirer sa carapace pour gagner en confiance, mais le chemin reste long : Mourinho est conscient que faire brûler les étapes à un jeune de 19 ans, dans un environnement hautement inflammable, est risqué.
La saison dernière, Mastantuono en a fait les frais sous Xabi Alonso. Le coach basque l’avait déjà installé dans le onze de départ, à quatre reprises en Liga avant de se rétracter le jour du derby. Après des débuts encourageants, le jeune Argentin a fini par perdre le fil, freiné par une pubalgie et baissant en confiance, puis en niveau, symptomatique de la cruauté du football de haut niveau.
Une meilleure défense, la clé pour repartir triomphant
Entre les 3 indéboulonnables en attaque et l’impressionnant Guler, Mourinho devrait reconduire le même quatuor offensif aligné lors du revers cuisant de l’an dernier. L’enjeu de cette rencontre pourrait être résumé ainsi : ne pas en prendre cinq. Avec le technicien portugais dans les rangs, le Real Madrid défendra et subira à coup sûr dans le chaudron du Metropolitano. Les défenseurs devront répondre présent, notamment dans le domaine du jeu aérien : les Merengues avaient notamment subi la dure loi des coups de pied arrêtés, directs comme indirects.
Dans ce domaine, Konaté devra confirmer son bon début de saison en se montrant impérial alors que Huijsen gagne en maturité. Le central espagnol devra laver l’affront et réparer sa dernière performance méconnaissable sur la pelouse de l’Atlético, à l’instar d’Álvaro Carreras au poste de latéral. Mais la concurrence fait rage pour les arrières ; Cucurella et Dumfries sont en ballottage favorable pour démarrer cette rencontre. Le Real Madrid devra défier l’Atlético avec rage et autorité dans tous les compartiments du jeu, mais aussi se montrer rassurant dans le contenu jusqu’à la dernière minute. Une chose est sûre : les enseignements pleuvront au coup de sifflet final, aussi bien dans le bon comme dans le mauvais. Cela promet…









