Le Real Madrid boucle la phase aller de la Liga Endesa en tête du classement, confirmant son statut de favori. Une victoire acquise grâce à une profondeur de banc impressionnante et une réaction d'orgueil, malgré la mise au repos de plusieurs cadres majeurs.
Le pari risqué de Scariolo et la frayeur initiale
Ce qui s'annonçait comme un match de tranchées, typique des déplacements pièges en Galice, s'est transformé en un véritable récital offensif. Pourtant, le scénario n'était pas écrit d'avance. Le défi imposé par Sergio Scariolo à son groupe était audacieux : aller gagner dans le chaudron du Pazo Provincial en laissant au repos ses tours de contrôle, Edy Tavares et Gabriel Deck, ainsi qu'Alberto Abalde.
Ajoutez à cela l'absence sur blessure du meneur français Théo Maledon, et le Real Madrid se présentait avec une rotation remaniée, exposée au danger. Le début de match a pourtant semblé donner raison au technicien italien avec un 0-10 initial infligé à froid aux locaux. Mais le Río Breogán, entraîné par le vieux renard Luis Casimiro, a du cœur et de la ressource.
Profitant d'un coupable relâchement défensif des Madrilènes, les locaux ont renversé la vapeur avec une énergie folle, infligeant un 19-9 pour revenir à hauteur. Pire, portés par l'euphorie et les tirs primés de Nakic et Andric, ils ont pris le large dans le deuxième quart-temps. Mené de 8 points (43-35) à trois minutes de la pause, le Real Madrid vacillait sérieusement, incapable de stopper l'hémorragie.
C'est dans ce moment critique que la lumière est venue d'un duo inattendu dans sa configuration. Juste avant la mi-temps, le "Facu" Campazzo a décidé de prendre les choses en main en gavant de ballons le géant ukrainien Alex Len. Ce dernier, titulaire pour la seconde fois seulement en Liga Endesa, a été impérial.
Le pivot a affiché un différentiel statistique ahurissant souligné par le quotidien AS : le Real Madrid a dominé son adversaire de +25 points lors de ses 17 minutes passées sur le parquet. Son impact physique a permis de passer un 0-8 cinglant juste avant la sonnerie, permettant aux Blancos de rentrer aux vestiaires miraculeusement à égalité (43-43). Ce retournement de situation psychologique a été le tournant du match, brisant l'élan de Lugo.
"Supermario" déclenche la foudre : 60 points en 20 minutes
Au retour des vestiaires, le match a changé de dimension pour devenir un "one-man show". Mario Hezonja, surnommé "Supermario", a tout simplement pris feu. Le Croate a livré une partition de classe mondiale, inscrivant 23 de ses 28 points (pour 30 d'évaluation) rien qu'en seconde période. Injouable, il a marqué dans toutes les positions, éteignant à lui seul les espoirs adverses.
Sous son impulsion, l'adresse collective du Real Madrid est devenue stratosphérique : 11 sur 17 à trois points après la pause, soit un irréel 65% de réussite. La machine offensive s'est emballée : le Real Madrid a marqué 27 points dans le troisième quart-temps, puis 33 dans le dernier, pour franchir la barre symbolique des 100 points pour la neuvième fois de la saison (85-103). Une avalanche de 60 points en vingt minutes à laquelle aucune défense ne peut résister.
La jeunesse et le banc pour finir le travail
Pourtant, Breogán a tenté un dernier baroud d'honneur héroïque, revenant à deux petits points (68-70) à neuf minutes du terme. C'est le moment qu'a choisi Scariolo pour faire confiance à un "cinq" inédit sur le parquet : Feliz, Llull, Procida, Lyles et Garuba. Ce pari a payé. Entre un contre de haute volée d'Usman Garuba, les tirs "clutchs" de l'Italien Gabriele Procida depuis le corner et les pénétrations rageuses de l'éternel capitaine Sergio Llull, Lugo a fini par craquer définitivement.
Cette avance confortable en fin de match a même permis au coach d'offrir un moment d'histoire : ses premières minutes au jeune Russe Egor Amosov. Le prodige, qui fêtait ses 18 ans la veille, est devenu le deuxième canterano (joueur formé au club) à débuter cette saison avec l'équipe première.
Avec cette victoire, le Real Madrid boucle la phase aller en leader incontesté, avec deux victoires d'avance sur ses poursuivants. Le message envoyé à la concurrence est limpide : même fatiguée, même remaniée, cette équipe possède une puissance de feu nucléaire.
Luca SCHENATTO-MEYNADIER









