Le Real Madrid est un monstre à deux têtes, au sens propre comme au figuré. De la doublette Florentino Pérez/José Ángel Sánchez dans les bureaux à l'usage de nos défenseurs et ce qu'il est possible d'en faire, faisons un petit tour d'horizon sur les différentes transitions qui concernent le Real Madrid.
La transition générationnelle
A priori cette question ne devrait plus être d'actualité. Pourtant, on se retrouve encore à devoir l'évoquer car il y a clairement des ratés, mais aussi des réussites. En partant du second volet, le temps de Toni Kroos et Luka Modrić est compté au sein de la capitale espagnole. Et quand on regarde leurs successeurs, les garanties, mais également les perspectives d'avenir, sont démentielles. Eduardo Camavinga, Aurélien Tchouaméni, Arda Güler et Jude Bellingham seront menés par l'expérimenté (et encore jeune) Federico Valverde. L'apprentissage des jeunes pousses, leur bagage conséquent et leurs vécus individuels et collectifs nous laissent plus qu'optimistes pour la suite du duo germano-croate.
Seulement voilà, il n'y a pas que des facteurs dont on peut se gargariser, il reste aussi les autres secteurs de jeu du Real Madrid. En attaque, Vinícius Júnior est un monstre triplée d'un mental d'acier et d'avoir plusieurs années d'ancienneté dans le vestiaire madrilène. Mais c'est tout. Rodrygo peine à performer ailleurs que sur l'aile gauche, celle-là même qui est occupée par son compatriote brésilien. Brahim revient dans la peau d'un remplaçant annoncé. Joselu est dans la même configuration, en plus d'être en fin de carrière, et d'être une alternative à Karim Benzema, lui-même à pas grand-chose de raccrocher les crampons.

Aucun ailier droit titulaire en puissance, Endrick est encore au stade embryonnaire de sa carrière et encore engagé avec Palmeiras, c'est le flou total dans le secteur offensif. Difficile de ne pas penser à Takefusa Kubo et encore moins de militer pour son retour lorsque l'on voit la dimension qu'il commence à prendre. Doté d'un profil rare, en plus d'avoir une finesse balle au pied que l'on a pas chez nous, le japonais a tout de la bonne pioche pour enfin compléter et densifier un secteur qui manque de profondeur qualitative et quantitative.
En défense, c'est encore plus alarmant. David Alaba semble loin de son niveau de 2022, Antonio Rüdiger est bon mais pas compatible avec Éder Militão, Nacho est une alternative mais sur une poignée de matchs, et le niveau des latéraux est sujet soit à la déprime soit à la rigolade. Si Fran García est le moins à blâmer de part sa jeunesse et donc son manque d'expérience du très haut niveau, si Lucas Vázquez est un joueur de devoir qui compose sans cesse avec ses limites à un poste qui n'est pas le sien et dont on ne peut attendre grand chose, les défenseurs de couloirs titulaires ne sont quant à eux pas exempt d'excuses.
Ferland Mendy est le joueur le plus étiqueté Zidane. Il était bon dans l'approche du technicien français (en avait-il une ?), forcé de constater que le joueur ne progresse plus. Peut-il aller encore plus haut ? A-t-il les qualités pour performer encore avec régularité ? Des questions simples mais qui traduisent le malaise Mendy parmi les supporters du Real Madrid.
Dani Carvajal est auteur d'un très bon début de saison.
Mais il ne faut pas se leurrer davantage : soit le niveau ne suit pas, soit c'est son physique qui ne tient pas. Il est impossible de planifier une saison complète en comptant sur lui pour jouer au moins 30 des 50 matchs annuels que le Real Madrid dispute. Dans un rôle similaire à ce qu'à pu être Álvaro Arbeloa sur sa fin de carrière, il y a quelque chose à en tirer, mais pas beaucoup plus. Un rôle de team captain, un grand frère dans le vestiaire et un bouclier pour nos jeunes pousses.
Cela limiterait le nombre de matchs qu'il est amené à jouer et ça réduirait les situations délicates pour les Merengues en défense. Rien n'a été fait en ce sens, alors que l'alerte a été lancée depuis la saison 2018-2019. Un crève-cœur doublé d'une perte de temps, qui coûte de plus en plus cher au club.
La transition dans le jeu
Le Real Madrid a deux visages. Les transitions sont les fondements des succès et des échecs du Real Madrid depuis l'époque de José Mourinho. La Maison Blanche est capable de produire des actions d'école de très grande classe. Certaines actions sont même au panthéon du football comme ce contre éclair contre le Real Betis, celui contre l'Ajax, ou encore en demi-finale de C1 2014 contre le Bayern Munich. C'est la première arme du Real Madrid, et est pleinement ancré dans son ADN. José Mourinho a su remettre au goût du jour ce principe, et aujourd'hui encore on en profite pleinement.

À l'heure où on l'on jure à qui veut l'entendre qu'il faut des idées de jeu, le froid réalisme est en soi une idée. Le problème, c'est que la rigueur à laquelle tenait tant le coach portugais s'étiole au fil des années. C'est un euphémisme que de dire que chaque incursion adverse est un coup de chaud pour la défense du Real Madrid. Nos latéraux se font systématiquement prendre dans leur dos, c'est à croire qu'ils oublient le fait qu'ils sont avant tout des défenseurs.
Notre axe central joue sans ses deux meilleurs éléments défensifs (Courtois et Militão), Alaba est un latéral de métier et cela se ressent quand les attaquants d'en face viennent dans notre surface, et celui qui gère au mieux les transitions adverses (Rüdiger) se retrouve à devoir défendre pour 4.
Ce n'est tout simplement pas tenable. On peut élaborer des heures un plan de jeu, si ton arrière-garde est défaillante, tu risques seulement de faciliter les soufflantes adverses. La transition générationnelle et tactique est un double problème. Pire encore, rien ne semble aller vers une amélioration en ce sens.
La transition présidentielle
C'est peut-être la moins évoquée et pourtant c'est la plus importante de toutes. Comment aborder l'avenir sportif sans Florentino Pérez ? A-t-on eu vent d'un probable héritier un temps soit peu crédible ? Allons-nous vers une prise de pouvoir dans la lumière de José Ángel Sánchez ou bien vers le fantasme Rafael Nadal ?
De mon point de vue, je n'ai pas la sensation que l'actuel président du Real Madrid se soucie de cette question. La gloire des trophées gagnés sous son giron est une chose, léguer un héritage conséquent en est une autre. Cette thématique est l'alpha et l'oméga de la santé sportive du club à terme. Bien que le président soit élu, on n'a absolument aucune idée de qui pourrait endosser le costume de patron au Real Madrid.

Je n'ai guère de noms à vous suggérer, car nous sommes tous au même stade d'incertitudes. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il est temps de poser cette thématique sur la table, et que les socios commencent à songer à l'avenir du club.
C'est un enjeu de taille, puisque le football d'aujourd'hui se joue également dans les bureaux. Il est donc impératif de penser dans ce sens et se préparer au mieux à l'après-Pérez, au risque de voir n'importe qui s'asseoir sur ce siège puis poser des sommes loufoques sans réflexion profonde sur des joueurs étonnants comme Philippe Coutinho, Antoine Griezmann ou encore Ousmane Dembélé.










