Dean Huijsen a débarqué dans la capitale espagnole avec l'étiquette séduisante de "défenseur du futur", un hybride moderne capable de casser les lignes par la passe comme un milieu créateur tout en défendant sa zone comme une tour de contrôle. Pourtant, l'aventure madrilène de Huijsen ressemble pour l'instant davantage à une course d'obstacles épuisante qu'à l'ascension fulgurante promise.
Si la récente semaine victorieuse du club a offert une bouffée d'oxygène comptable, elle a paradoxalement mis en lumière les limites actuelles du jeune international espagnol. Entre un physique qui grince, une pression mentale écrasante et une irrégularité chronique, le joueur se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins.
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Huijsen face au paradoxe : naufrage face à Monaco, solidité à Villarreal
L'analyse de ses deux dernières sorties offre un résumé saisissant, presque caricatural, de sa situation. Mardi soir, en Ligue des Champions face à l'AS Monaco, Huijsen a souffert le martyre. Dans un match débridé où son équipe a concédé 20 tirs, Dean Huijsen a semblé par moments totalement dépassé par la vitesse des transitions adverses. Son manque de repères dans la gestion de la profondeur, face à des attaquants rapides, a sauté aux yeux. Il a flotté, souvent sauvé par le talent offensif de ses partenaires ou les miracles de son gardien.
À l'inverse, samedi à La Cerámica (0-2), on a entrevu le potentiel immense de Dean Huijsen. Pourquoi ? Parce que le contexte avait changé. Dans le système "commando" mis en place par le nouvel entraîneur, beaucoup plus compact et protégé par un bloc bas, Huijsen a rendu une copie propre.
Protégé par l'activité incessante des milieux de terrain devant lui, il a pu faire parler sa lecture du jeu et sa qualité de relance sans être exposé aux duels à haute vitesse en un contre un. Ce contraste violent entre les deux matchs illustre le mal dont souffre le joueur : il est encore trop dépendant du contexte collectif pour briller individuellement. Il ne porte pas encore la défense ; c'est la défense qui doit le porter.
La "continuité", ce luxe que son corps lui refuse
Le premier frein majeur à l'explosion du joueur au Real Madrid est purement physiologique. Depuis sa signature, il n'a jamais pu enchaîner trois mois de compétition complète à très haute intensité sans pépin. La fameuse "continuité", ce mot d'ordre si cher au préparateur physique du club, est un luxe que son corps ne lui a pas encore offert.
Les grands gabarits mettent souvent plus de temps à atteindre leur maturité athlétique, mais au Real Madrid, le temps n'existe pas. Chaque fois que le défenseur semble monter en puissance et gagner sa place de titulaire indiscutable, une blessure vient briser son élan. Une gêne aux adducteurs, une surcharge musculaire... Ces arrêts fréquents l'empêchent d'acquérir le coffre nécessaire pour tenir les duels pendant 90 minutes.
Cette fragilité a une conséquence directe sur son jeu : la peur. On sent parfois chez lui une retenue dans les interventions, une hésitation à aller au contact brutal, de crainte de la rechute. Or, au très haut niveau, cette demi-seconde d'hésitation est l'espace dont profitent les grands attaquants pour faire la différence.
Au-delà du physique, c'est la dimension mentale qui semble peser des tonnes. Porter le maillot blanc en défense centrale est l'un des métiers les plus difficiles du monde. Ses prédécesseurs ont mis du temps à s'y faire, souvent critiqués à leurs débuts avant de devenir des légendes. Huijsen traverse cette phase critique où chaque erreur est disséquée à la loupe.
Son style de jeu, naturellement élégant et risqué, est à double tranchant. L'irrégularité du joueur se manifeste souvent par des sautes de concentration fatales. Il peut réaliser 85 minutes de très haut niveau, avec des transversales millimétrées, puis commettre une erreur de relance facile ou un mauvais alignement qui coûte un but.
Cette irrégularité crée un cercle vicieux. Le public du Bernabéu, bien que connaisseur, est impitoyable. Huijsen, qui dégageait une arrogance positive et une confiance inébranlable à ses débuts en Italie, semble aujourd'hui plus vulnérable, jouant parfois "avec le frein à main" pour éviter la faute.
Le défi d'Arbeloa : devenir un soldat ou partir
L'arrivée d'Álvaro Arbeloa sur le banc marque un tournant décisif. Le nouvel entraîneur a été clair : il veut des "soldats". Le temps du "rock & roll" défensif est terminé, place à l'efficacité brute. Pour Huijsen, c'est un changement de logiciel brutal. Il ne s'agit plus de briller par des montées de balle, mais de "fermer la boutique", de gagner des duels aériens, de tacler et de savoir souffrir sans ballon.
Le match contre Villarreal a prouvé qu'il en était capable, mais c'est sur la durée qu'il sera jugé. Peut-il accepter de simplifier son jeu pour devenir ce défenseur "ennuyeux" mais infranchissable dont l'équipe a besoin ? C'est tout le paradoxe. Son talent pur avec le ballon est ce qui l'a amené à Madrid, mais c'est sa capacité à défendre sans ballon qui déterminera s'il y reste. Les semaines à venir, avec le retour des échéances européennes couperets, seront le juge de paix.











